On connaît Alex Lutz pour son humour subtil, ses personnages décalés et sa capacité à mélanger rire et tendresse. Depuis ses débuts avec Catherine et Liliane dans le Petit Journal de Canal +, jusqu’à ses succès au cinéma, sur scène ou derrière la caméra, l’artiste a toujours cultivé une forme de pudeur lorsqu’il s’agit de sa vie privée. Pourtant, face à Audrey Crespo-Mara dans Sept à Huit, l’homme a montré une autre facette de sa personnalité aux téléspectateurs.
À 47 ans, le comédien est actuellement de retour avec son troisième show, Sexe, grog & rocking chair. Un spectacle dans lequel il mêle l’humour à ses souvenirs personnels. Mais derrière les éclats de rire se cache aussi une blessure encore vive. Celle laissée par son père, Gérard, décédé il y a trois ans à l’âge de 71 ans. Longtemps, Alex Lutz a cru que le temps ferait son œuvre face au deuil. Comme beaucoup de personnes, il s’imaginait qu’après quelques mois la douleur s’atténuerait naturellement. Pourtant, l’expérience s’est révélée bien différente. "Oui je me disais vraiment dans trois mois ça ira mieux, dans 6 mois encore un peu mieux. Et en fait c’est en fait intérieurement apprendre à vivre avec un membre en moins. On est amputé de quelque chose. J’ai appris que c’est un état. Un nouvel état", confie-t-il avec beaucoup de sincérité.
Pour l’humoriste, il ne s’agit pas de tourner la page, mais plutôt d’apprendre à vivre autrement, avec une absence devenue permanente. Au fil des années, Alex Lutz a également porté un regard différent sur son père. Un homme qu’il décrit aujourd’hui avec beaucoup de nuance. "Maintenant qu’il est parti, je dirais que c’est un père super. Mais un père compliqué, souffrant beaucoup du poids de la dépression", explique-t-il. Son père souffrait également du syndrome de Diogène, un trouble qui pousse certaines personnes à accumuler de nombreux objets et à vivre dans un environnement parfois difficile à comprendre pour leurs proches.
C’est probablement le moment le plus fort de cet entretien. Lorsque Audrey Crespo-Mara lui demande si son spectacle est une manière de maintenir son père vivant, Alex Lutz marque un temps d’arrêt avant de répondre. "C’est surtout une manière de lui parler." Puis l’émotion devient soudain palpable. "Et puis je sais qu’il avait honte aussi de choses” débute-t-il avant de s’interrompre une nouvelle fois. La gorge nouée, Alex Lutz est obligé de faire une pause de quelques secondes. Sa respiration se fait plus lourde. Il cherche ses mots. Après quelques secondes, il poursuit difficilement : "Ouai il avait honte de certaines choses sans doute et moi aussi j’étais gêné de choses."
Interrogé sur ce sentiment, l’humoriste tente d’expliquer cette relation complexe qui unit parfois les enfants à leurs parents. Une relation faite d’amour, mais aussi d’incompréhensions, de maladresses et parfois même de gêne. "Ben oui d’une certaine manière quand même." Puis la voix vacille une nouvelle fois lorsqu’il évoque ces objets accumulés pendant des années par son père. "Et que même cet amoncellement de... d’objets hétéroclites qui ne sont pas qu’un bordel de saleté et d’emmerdement. Tout à coup ça peut devenir un objet poétique."
L’un des passages du spectacle reste particulièrement difficile à interpréter pour lui. Il raconte son père épuisé, enfermé dans sa souffrance, les volets constamment fermés. "Il disait qu’il était fatigué, fatigué, fatigué, et qu’il se remet à dormir, dormir, dormir avec les volets de la maison baissés comme ses bras." Une image qui continue de le bouleverser : "Tous les soirs, j’ai du mal à le dire. C’est surtout ça qui me serre des fois la gorge dans le spectacle." À travers cette confession, l’humoriste montre une nouvelle fois que derrière le rire se cachent souvent des émotions bien plus profondes. Et que certaines blessures, même lorsqu’elles ne disparaissent jamais vraiment, peuvent devenir matière à création.
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