Il y avait quelque chose de profondément symbolique lors de cette soirée ce jeudi 14 mai au Zénith Paris-La Villette. Comme un immense retour à la maison pour Renaud, lui qui avait inauguré cette salle mythique en 1984. Quarante ans plus tard, le décor a changé, les visages ont vieilli, mais l’attachement du public, lui, reste le même. Dans la file d’attente longue de plusieurs centaines de mètres avant le concert, les bandanas rouges se mélangeaient aux t-shirts vintage, aux jeunes fans venus découvrir la légende et aux fidèles qui connaissent encore chaque parole par cœur.
Sur scène, le chanteur a su recréer son univers. Un petit bout de Paris populaire et tendre, avec un bistrot, une cabine téléphonique et cette ambiance de quartier qui traverse ses chansons depuis les années 1970. Comme le racontent nos confrères du Monde présents pour l’occasion, l’émotion était palpable dès les premières minutes. Car au-delà de l’événement musical, beaucoup se demandaient dans quel état apparaîtrait l’artiste, fragilisé ces dernières années par les soucis de santé. Lui-même a préféré poser les choses avec honnêteté pour répondre aux attentes : "Ce ne sera pas un concert de moi à proprement parler, mais je chanterai quelques chansons quand même."
Et pourtant, très vite, le doute a laissé place à autre chose. Parce que oui, la voix porte parfois les traces du temps, oui, le regard semble parfois ailleurs. Mais Renaud était là. Debout. Présent. Il a surtout été porté par une salle entière venue lui rappeler ce qu’il représente dans le patrimoine musical français. Pendant plus de deux heures et demie, les invités se sont succédé pour reprendre ses plus grands titres. Olivia Ruiz a lancé la soirée avec une version puissante de “Où c’est qu’j’ai mis mon flingue”. Axelle Red a partagé avec lui un moment suspendu sur “Manhattan-Kaboul”. Emily Loizeau, très émue, a interprété plusieurs morceaux emblématiques, tandis qu’Alain Souchon est apparu entouré de ses fils pour reprendre “Ma gonzesse” dans une ambiance presque familiale.
Le public, lui, de son côté a donné de la voix, il chantait tout. Absolument tout. Des refrains de “Mistral gagnant” à “La ballade irlandaise”, en passant par “Marche à l’ombre”. Les chansons de Renaud ont semble-t-il traversé les générations sans avoir pris une ride. Dans la salle, certains avaient les larmes aux yeux. D’autres, téléphone à la main, filmaient chaque instant pour garder une trace de cette soirée historique. Ce qui a surtout frappé, c’est le nombre d’artistes qui ont répondu présents à l’invitation du chanteur. Rarement un concert hommage aura rassemblé autant de figures majeures de la chanson française sur une même scène. Francis Cabrel, Jean-Louis Aubert, Pascal Obispo, Alain Souchon ou encore Emily Loizeau ont tous répondu présents pour célébrer cet anniversaire hors norme.
Le duo entre Renaud et Jean-Louis Aubert a particulièrement marqué les esprits. Les deux hommes, assis côte à côte sur scène, semblaient partager bien plus qu’une chanson, un bout d’histoire de la musique française. Même émotion lorsque Francis Cabrel est apparu sous les applaudissements nourris du public. Les réseaux sociaux se sont d’ailleurs immédiatement emballés après la diffusion d’images du concert, beaucoup évoquant “un moment hors du temps”. Dans les coulisses comme dans la salle, chacun semblait conscient d’assister à quelque chose de rare. Car ces concerts ne ressemblent pas à une simple tournée nostalgique. Ils racontent surtout l’impact immense de Renaud sur plusieurs générations d’artistes et de spectateurs.
Ses textes continuent de résonner aujourd’hui avec une étonnante modernité. Emily Loizeau l’a d’ailleurs résumé avec admiration : "J’écoutais Renaud sur mon walkman et j’ai compris tellement de choses. Ses paroles sont encore tellement d’actualité. Des mots tellement justes. Comme Bob Dylan, il a cette capacité à voir le monde." Le concert a également été ponctué par des images du documentaire “Renaud à cœur perdu”, diffusé récemment à la télévision. Une manière de rappeler le parcours chaotique du chanteur, ses blessures, ses excès, mais aussi sa résilience. Et puis il y a eu ce moment inattendu : un rappel non prévu. Comme un dernier cadeau à une foule déjà conquise. Après le spectacle, sa fille et manageuse Lolita Séchan a confié que son père était "très heureux" et qu’il venait même de lui dire qu’il s’agissait "d’un des meilleurs concerts de sa vie".
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