Être photographiée fait partie de la vie de Charlotte Gainsbourg depuis son plus jeune âge. Fille de Jane Birkin et Serge Gainsbourg, devenue elle-même actrice et chanteuse, elle a posé devant certains des plus grands photographes. Une habitude qui n’a pourtant jamais signifié qu’elle était à l’aise face à un objectif. Bien au contraire. Derrière ces apparitions publiques se cachait en réalité une profonde timidité qu’elle a mis des années à apprivoiser.
“J’ai toujours été très timide et mal à l’aise face aux photographes”, reconnaît-elle aujourd’hui dans une entrevue avec Le Point. Une gêne que son père connaissait parfaitement. Serge Gainsbourg avait même établi pour sa fille quelques règles très simples afin de l’aider lors des séances. “Ne regarde jamais l’objectif, ne souris pas, garde les mains de telle façon”, lui aurait-il suggéré. Des conseils qu’elle explique avoir longtemps appliqués “strictement”. C’est ensuite sa sœur aînée, Kate Berry, qui lui a permis de se détendre progressivement. Photographe professionnelle, cette dernière faisait régulièrement poser Charlotte Gainsbourg. Entre les deux sœurs, la confiance permettait de dépasser plus facilement la gêne. Cela ne signifiait pas pour autant que les séances étaient toujours confortables.
Charlotte se souvient avec amusement que Kate pouvait lui demander de poser “à moitié nue par un froid de canard sur les plages bretonnes”. Mais elles riaient beaucoup et Charlotte avait en sa sœur une “confiance aveugle”. Une relation particulière avec l’objectif qui a contribué à modifier progressivement son regard sur elle-même. “Aujourd’hui, je suis plus sereine avec mon image”, constate-t-elle. La photographie représente d’ailleurs beaucoup plus qu’une succession de séances de pose dans la vie de Charlotte Gainsbourg. Elle pratique elle-même cet art depuis l’adolescence. À 15 ans, elle reçoit un Nikon et commence à multiplier les images. À l’époque, elle développe même ses propres pellicules dans un petit cabanon en bois installé dans le jardin de la maison de sa mère, rue de la Tour, à Paris.
Mais ce n’est pas pour autant que l’épouse de Yvan Attal ose se définir comme photographe. La présence de Kate, dont elle admirait profondément le travail, a probablement participé à cette retenue. Charlotte Gainsbourg finit même par abandonner la pratique, déçue par ses premiers tirages qu’elle jugeait “tout gris et ratés”. C’est un événement tragique qui la pousse finalement à reprendre un appareil : la mort de Kate Berry, le 11 décembre 2013, à l’âge de 46 ans. La photographie devient alors une autre manière de s’exprimer et de faire surgir des choses qu’elle ne parvient peut-être pas à formuler. Elle photographie énormément New York et le cimetière du Montparnasse, deux lieux qui nourriront ensuite le livret accompagnant son album Rest.
Cette fois, Charlotte Gainsbourg a braqué son objectif sur une adresse qui ne ressemble à aucune autre : le 5 bis, rue de Verneuil. La maison parisienne de Serge Gainsbourg, restée figée pendant des décennies après sa disparition. Elle est devenue le cœur d’un travail photographique présenté pendant l’été aux Rencontres d’Arles. Une cinquantaine de photographies sont désormais réunies dans un livre publié chez SL éditions, tandis que ce travail fait également l’objet d’une exposition à l’espace Saint Laurent/Rive Droite. Les clichés ont été réalisés en septembre 2023, juste avant l’ouverture au public de la demeure devenue maison-musée. Charlotte Gainsbourg y a passé de longues journées et, selon ses propres mots, “d’interminables nuits”.
Son approche s’apparente à ce qu’elle décrit comme un “inventaire sentimental”. Ce qui intéressait Charlotte Gainsbourg, c’étaient les signes, les détails et surtout les traces laissées par son père. Les travaux de restauration ont encore accentué cette atmosphère étrange. “Le décor était indiscutablement celui d’une maison hantée”, reconnaît Charlotte Gainsbourg.