Enfants de la balle ! S’il est un clan pour lequel l’expression est appropriée, c’est bien celui des Chedid… Aux origines de cette famille d’artistes, on trouve une grande poétesse, Andrée, née au Caire en 1920 et dont l’œuvre, ode à la vie, à l’altérité et à la féminité, traversera le XXe siècle. Les amours de cette femme de lettres avec Louis Selim Chedid, biologiste de renommée internationale, ancien directeur de recherche au CNRS et professeur honoraire de l’Institut Pasteur, donneront naissance à Louis Chedid. Ce dernier voit le jour le 1er janvier 1948, il y a 78 ans aujourd'hui, lui aussi en Égypte. Mais c’est en France, à Paris, où il débarque à l’âge de 6 mois, que le futur chanteur va construire sa vie, sa carrière et sa famille…
Malgré des parents issus d’un milieu socio-culturel très favorisé, le petit Louis Chedid ne montre pas de goût particulier pour l’école… "J’avais des carnets de notes dans lesquels était marqué : "n’est pas avec nous dans la classe", "il rêve toute la journée", se remémorait-il en novembre 2024 au micro de M Radio, en ajoutant : "J’ai toujours aimé la place du radiateur. J’ai eu une scolarité un peu chaotique".
Renvoyé du lycée Montaigne, le jeune garçon est placé par ses parents dans une boîte à bac, diplôme qu’il obtient péniblement, au repêchage, en 1968. Plus que les études, ce sont les arts qui font battre son cœur. La musique, d’abord, qu’il pratique au sein de la chorale des Petits Chanteurs à la Croix de Bois. Le cinéma, ensuite, qu’il apprend à l’Institut national de radioélectricité et de cinématographie, école basée à Bruxelles, où il se forme au métier de réalisateur tout en continuant de pratiquer la guitare et d’écrire des chansons. La musique sera son métier.
Son premier album, sorti en 1973, ne rencontre qu’un succès d’estime, mais la profession reconnaît déjà son talent. Trois ans plus tard, il assure la première partie du concert de Nicole Croisille à l’Olympia. Il va rencontrer son public dès la fin des années 1970, notamment avec des titres comme La Belle, T’as beau pas être beau, single vendu à plus de 150 000 exemplaires, morceau dont les chœurs sont interprétés par ses aînés Émilie et Matthieu…
C’est que chez les Chedid, la passion artistique se transmet de génération en génération. Andrée et Louis ont marqué la leur. Mais une initiale va illuminer la suivante : M, nom de scène que s’est choisi Matthieu, le premier garçon, né en 1971, un des quatre enfants que Louis Chedid aura avec Marianne Bochart, une femme restée dans l'ombre et avec qui il n'est plus aujourd'hui... C’est en 1997 que la France découvre le talent de ce petit génie à la coiffure de diablotin, qui joue de la guitare comme un dieu et dont la voix haut perchée est immédiatement reconnaissable. Son album Le Baptême, porté par le titre Machistador, va le révéler à la France entière.
Ce premier opus qui lance sa carrière, M va le réaliser entièrement dans la propriété familiale. Et c’est toute la maisonnée qui va y participer. Car chez les Chedid, la vie se raconte en musique… et en famille. Matthieu a une grande sœur, Émilie, née en 1970. Son truc à elle, c’est plutôt l’image. C’est elle qui va réaliser le clip de Machistador, mais aussi celui du titre Nostalgic du cool, qui figure sur ce premier album au ton novateur. Un morceau où deux jeunes choristes font également leur apparition : Joseph et Anna, les petits derniers de la fratrie Chedid, nés respectivement en 1986 et 1987. Deux jeunes dont le talent ne va pas tarder à éclore.
En attendant, c’est celui de l’aînée, Émilie, qui s’exprime… plutôt dans l’ombre. "C’est mon métier et ma timidité qui veulent ça", expliquait-elle il y a quatre ans à Jacques Pessis sur l’antenne de Sud Radio, en racontant comment un autre Matthieu, Boogaerts, lui avait permis de faire ses premiers pas à la réalisation en mettant en images sa chanson "Ondulé", en 1994. Le début d’une belle carrière dans la réalisation de clips, mais aussi de publicités, pour celle qui confesse aimer "beaucoup raconter des histoires en peu de temps".
Plus récemment, Émilie s’est tournée vers un autre art : le dessin. En 2019, elle réalise des aquarelles numériques, puis se lance en 2020 dans l’écriture d’un roman graphique, Ghost Cluster, dans lequel elle raconte son premier confinement passé à la campagne avec ses deux filles. "J’ai toujours eu par rapport à Andrée une certaine inhibition d’écrivaine", disait-elle au Monde en 2021. "Pendant le premier confinement, je me suis vraiment lancée dans l’écriture."
Joseph et Anna, les benjamins de la fratrie, ont eux choisi de suivre la voie de leur "héros" de père et de leur grand frère en se lançant dans la musique. Le premier, sous le pseudonyme de Selim, son deuxième prénom. "J’aimais la poésie orientale de "Selim"," expliquait-il, toujours au Monde. "Pour moi, c’était une manière d’évoquer la famille sans dire : "Hé, salut ! Je suis Joseph Chedid."
Celui qui fêtera ses 40 ans le 8 janvier prochain et qui ressemble comme deux gouttes d’eau à Matthieu a beau être moins connu que ce dernier, il n’en reste pas moins un artiste accompli. Guitariste, batteur, chanteur, il est aussi compositeur. En 2011, c’est lui qui signe la musique du morceau de Johnny Hallyday Vous n’aurez pas ma peau, qui figure sur l’album Jamais seul, réalisé par M et Maxim Nucci.
En 2015, Selim sort le premier de ses quatre albums, Maison Rock, un titre qui, à lui seul, résume les styles musicaux chers à l’artiste : la house et le rock. Cette même année, il part en tournée avec son père, son frère et sa sœur, avant qu’ils n’enregistrent tous ensemble un album simplement intitulé Louis, Matthieu, Joseph et Anna Chedid… avec la petite dernière de la fratrie qui va se faire appeler Nach.
Aux origines de son nom de scène : les dernières lettres de son prénom, Anna, et les premières de son célèbre nom, Chedid. Comme ses frères et sœur, la benjamine du clan est une artiste aux multiples talents : écriture de poèmes, chant lyrique, théâtre, qu’elle pratique au cours Florent, claquettes… Elle qui se voyait devenir psychologue, a été rattrapée par le virus familial de la musique.
Nach sort ainsi son premier disque à 22 ans avant de s’envoler pour les États-Unis afin d’apprendre la basse et la batterie. En 2013, elle croise la route d’un autre enfant de star, Thomas Dutronc, dont elle assure la première partie à l’Olympia. En 2015, avant de se lancer dans la tournée familiale, elle interprète avec Matthieu la chanson "Comme un seul homme", défendant la liberté d’expression après l’attentat contre Charlie Hebdo.
"Certains trouvent qu’on est une famille de Bisounours, mais on est vraiment comme ça, toujours dans la bienveillance et dans l’amour", affirmait Anna au Monde en 2021. "On a envie de rendre les gens humains, c’est notre quête."
Une quête que semble déjà vouloir poursuivre la relève. Il y a tout juste un an, Billie Chedid, la fille aînée de Matthieu, sortait à 22 ans son premier mini-album. I Love Stage. "J’aime la scène", écrivait-elle en légende d’une vidéo postée sur Instagram cet été, sur laquelle on la voit chanter à genoux, habitée, comme si elle avait fait ça toute sa vie. Mais elle a de qui tenir.