“Allô papa, maman. Laurette est morte." Ce 18 mai 2002, ainsi qu'elle le racontera dix ans plus tard dans son livre Moi, on ne m’a jamais demandé comment j’allais, c’est Marie Fugain qui a dû décrocher son téléphone pour annoncer à ses parents la disparition de sa petite sœur depuis l’hôpital, où elle était soignée depuis dix mois. À tout juste 22 ans, Laurette Fugain a été emportée par une leucémie foudroyante diagnostiquée seulement une petite année auparavant. De six ans son aînée, la comédienne, qui fête son 51e anniversaire ce samedi 15 novembre 2025, a ressenti un puissant sentiment de culpabilité devant ce lit où gisait la défunte. “Je n’avais pas été à la hauteur, je n’avais pas joué mon rôle de grande sœur”, écrit-elle dans l'ouvrage.
Laurette était sa petite sœur, comme Marie le criait en sous-titre de cet ouvrage exutoire. Un livre dans lequel elle explique que sa peine n’a pas été assez prise au sérieux; que sa douleur n’a pas été entendue; que son deuil, elle a dû le faire seule, à 28 ans. Pourquoi ? Parce que Michel et Stéphanie Fugain, ses parents, avec la mort de leur fille cadette, venaient de vivre le drame de leur vie. Le chanteur du Big Bazar et son épouse devaient aussi gérer leur tristesse, apprendre à vivre sans leur diamant brut, essayer de trouver le moyen de relever la tête après cette tragédie. Aux dépens de leur aînée ? C'est ce qu'elle a longtemps affirmé…
“C’était impossible pour moi de voir souffrir mes parents, mon petit frère (Alexis, né en 1993) complètement perdu, naturellement j’ai fait en sorte d’être là pour tout le monde”, expliquait Marie Fugain à Vosges-Matin. Dans la famille, après la mort de Laurette, l’actrice a joué le rôle d’un roc. Sans écouter assez sa douleur, sans laisser la place nécessaire à sa peine. Il faut dire qu’à l’époque, elle ne pouvait pas baisser les bras. Car un mois et demi après, elle est tombée enceinte de son premier enfant. Forcément bouleversée par cette grossesse, Marie Fugain a dû mener de front plusieurs combats. Sans l’aide de ses parents, comme elle le dira plus tard.
Si elle n’a jamais voulu “juger des gens qui perdent un enfant”, elle disait au journal local avoir souffert de l’absence de Michel Fugain et Stéphanie. “En tant que sœur de Laurette, je voulais leur dire : ‘vous m’avez manqué’, confiait-elle en 2012. J’aurais dû faire comme eux et appuyer sur mon bouton survie dans un coin, sans essayer de vouloir reformer une famille.” Ce que ses parents ont fait. “Ils ont dit : ‘on est morts avec notre fille’ et je leur en ai beaucoup voulu pour cette phrase”, regrettait-elle auprès de Gala. Elle eut alors l’horrible impression d’être oubliée, au même titre que son frère de 20 ans son cadet. “J’avais beau avoir 28 ans à l’époque, j’estime qu’il n’y a pas d’âge pour avoir besoin de ses parents”, disait-elle encore.
Près de dix ans après la mort de la jeune femme, ses parents se sont séparés, incapables de surmonter ce deuil à deux et obligés de constater que leur histoire s’était délitée. Marie Fugain, elle, a quitté la France pour le Canada avec Richard Charest, le père de ses fils, Elliot né en mars 2003 et Sam né en 2006. Ce départ à des milliers de kilomètres a mis plus qu’un océan entre Marie Fugain et son père fraîchement divorcé. Au point que pendant longtemps, le chanteur et sa fille aînée n’ont plus eu de contact. "Pendant trois ans, on ne s'est pas vraiment parlés, reconnaissait l’actrice dans Le Divan de Marc-Olivier Fogiel. Je n'avais pas envie de choisir un parent ou l'autre."
“Je ne me suis pas battu pour les retrouver, j'ai écrit, assumait de son côté l’interprète de Fais comme l’oiseau dans l’émission. J'ai écrit, ça n'a pas changé grand-chose. On pouvait sentir la colère.” Une colère qui a duré de longs mois. À Gala, Marie Fugain reconnaissait en avoir voulu à son père “d’avoir fait les choses comme il les a faites”, c’est-à-dire ni “dans la légèreté ni dans la délicatesse”. “Il y a des hommes qui ont tellement peur de la mort que quand elle rôde autour d’eux, ils ont presque peur que ça soit contagieux, alors ils fuient. C’est ce qui s’est passé”, décrivait-elle, surtout peinée pour son frère d’à peine 9 ans à la mort de Laurette.
La colère a tourmenté Marie Fugain. Jusqu’à ce qu’elle s’estompe. Un peu. En tout cas, assez pour recoller quelques morceaux. Car Marie Fugain n’a jamais vraiment eu envie “de couper le cordon” avec les membres de sa famille. Qu’importe leurs erreurs, qu'importe la douleur, qu’importent les non-dits. “Je sais ce que c’est de perdre quelqu’un et aujourd’hui, ma plus grande frayeur, c’est de perdre quelqu’un d’autre, analysait-elle dans cette même interview accordée à Gala en 2022. Je sais ce que c’est d’avoir le manque physique, charnel... Et je n’ai pas envie d’avoir à revivre ça.”
Après la création de l’association Laurette Fugain, Marie a peu à peu renoué avec ses parents. Surtout son père, qui avait entre-temps retrouvé l’amour dans les bras de la chanteuse Sanda. "On remet petit à petit bout à bout un lien qui avait momentanément lâché. Encore que je ne l'ai pas vraiment vécu comme ça... Disons qu'on a fait comme on a pu", confiait pour sa part le chanteur de 83 ans à Gala.
Divorcée en 2017, Marie Fugain a de son côté regagné la France avec le souvenir de Laurette dans ses valises. Elle s’est même installée sur la même propriété que sa mère et son frère Alexis. Son père, lui, a fini par comprendre ce qui les avait éloignés. "Mes enfants avaient besoin de temps. Aujourd'hui, ça y est, basta ! On est ensemble et la vie continue, résumait-il en lâchant cette sentence pétrie d'optimisme : en mourant, Laurette nous a appris à vivre.”

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