Ce lundi 24 août 2026, c'est jour de rentrée pour Sonia Mabrouk. Une rentrée particulière puisque, après plus de dix ans passés à Europe 1 et près de neuf ans sur CNews, la journaliste a fait le choix de changer de maison. À 19 heures, elle prend les commandes sur BFMTV de 100% Mabrouk, son nouveau rendez-vous d'actualité, d'interviews et de débats, diffusé du dimanche au jeudi de 19 heures à 21 heures, comme l'a annoncé la chaîne.
Une arrivée officialisée en début d'année, dans la foulée d'un départ mouvementé. Le 6 février, Sonia Mabrouk annonçait ainsi directement à l'AFP avoir présenté sa démission de CNews. La journaliste s'était ainsi publiquement désolidarisée de la décision de la chaîne de maintenir Jean-Marc Morandini à l'antenne après que sa condamnation pour corruption de mineurs était devenue définitive. Dans ce communiqué transmis à l'agence, Sonia Mabrouk avait évoqué une "altération certaine et effective" de sa relation avec une partie de la direction et assurait que sa "boussole" resterait la préservation de l'intérêt des victimes.
Une semaine plus tard, le 13 février, elle démissionnait également d'Europe 1. Mais l'affaire Morandini n'expliquait pas, à elle seule, cette rupture. Dans une interview accordée en mars à Paris Match, Sonia Mabrouk, dont le départ ne fait pas que des heureux, le dira clairement : "J'ai mes origines, mon histoire, mes convictions. Elles ne collaient plus avec le groupe dans lequel je travaillais. L'affaire Morandini et mes relations très altérées avec la direction ont été un accélérateur de mon départ."
Cette rentrée sur une nouvelle chaîne pourrait bien rappeler à Sonia Mabrouk d'autres rentrées, beaucoup plus lointaines. Scolaires, celles-ci. Car bien avant d'interroger ministres, responsables politiques ou grands patrons devant les caméras, elle était professeure !
C'est dans son pays natal, la Tunisie que Sonia Mabrouk s'est retrouvée pour la première fois face à une classe. Dans le portrait que Le Monde lui consacrait en juillet 2013, on apprenait qu'après ses études, elle était devenue enseignante à l'Institut des Hautes Études Commerciales de Carthage, établissement dans lequel elle avait elle-même été élève.
Une situation assez particulière puisque la future journaliste avait quasiment l'âge de ses élèves. "J'enseignais à des étudiants de troisième cycle qui avaient le même âge que moi", racontait-elle au Monde. Face à une quarantaine d'étudiants, Sonia Mabrouk apprend alors à s'imposer et à prendre la parole devant un groupe. "C'est là que j'ai acquis une certaine autorité en public, appris à tenir une classe de quarante personnes. Cela m'a beaucoup servi après à la télévision !", confiait-elle encore au quotidien.
Le Nouvel Obs, qui lui consacrait à son tour un long portrait en 2017, précisait qu'elle avait également été chargée de travaux dirigés à la Sorbonne. Le magazine résumait alors d'une formule ce qui allait devenir l'un des fils rouges de son parcours : "Son truc, c'est la transmission."
Le président tunisien venait chez elle
Cette aisance avec la parole et ce goût de l'échange et de la politique trouvent sans doute leur origine bien plus tôt. Sonia Mabrouk est née à Tunis il y a 48 ans et a grandi comme fille unique dans une famille où la politique était omniprésente. Le Monde rappelait en 2013 que son grand-père paternel, Mongi Mabrouk, avait été ministre du Commerce et que l'un de ses oncles avait été ambassadeur de Tunisie à Paris pendant une quinzaine d'années. Le président Habib Bourguiba fréquentait lui-même la maison familiale. "J'ai toujours entendu parler politique à la maison", résumait-elle au quotidien.
Quatre ans plus tard, dans Le Nouvel Obs, elle évoquait à nouveau ces moments auxquelles elle assistait enfant. "Je saisissais des bribes de conversations, je pressentais qu'elles étaient importantes, j'avais l'impression d'être au centre de l'actualité, là où le destin du Maghreb se jouait", se souvenait-elle. Avant d'ajouter : "J'ai toujours adoré être au milieu d'une conversation."
Sonia Mabrouk était alors une élève particulièrement précoce. À 16 ans, racontait Le Monde, elle décrochait son baccalauréat et voulait déjà quitter la Tunisie pour étudier à Paris. Sa mère avait cependant refusé de la laisser partir si jeune. Elle a dû attendre ses 20 ans pour rejoindre la France et poursuivre des études à la Sorbonne. C'est trois ans plus tard qu'elle était retournée à Tunis pour commencer à enseigner.
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Cette première carrière n'allait pourtant pas durer. Le Monde racontait que le goût de Sonia Mabrouk pour l'enseignement avait fini par se heurter à un sentiment de répétition. La future journaliste avait alors pris une décision radicale : démissionner et revenir vivre à Paris alors qu'aucun travail ne l'y attendait.
La suite de l'histoire tient du hasard. Toujours selon le récit du Monde, dans le taxi qui la conduit d'Orly jusqu'à son appartement, la jeune femme tombe sur un exemplaire de Jeune Afrique, magazine qu'elle lit assidûment. À peine arrivée, elle écrit à Béchir Ben Yahmed, patron du groupe de presse, et lui demande de la prendre à l'essai. Une semaine plus tard, son téléphone sonne.
À Jeune Afrique, Sonia Mabrouk va apprendre le métier, réaliser de grands entretiens, traiter des sujets de société puis se spécialiser progressivement dans la politique. "Jeune Afrique est une très bonne école pour découvrir la rigueur du métier de journaliste", expliquait-elle au Monde.
Quelques années plus tard, un nouveau coup de fil va changer sa carrière. Jean-Pierre Elkabbach remarque l'un de ses articles consacré aux politiques d'immigration. "J'ai besoin de vous sur Public Sénat", lui glisse-t-il. Sonia Mabrouk n'a alors aucune expérience de la télévision, mais accepte de tenter sa chance.
Elle s'impose rapidement à l'antenne et finit notamment par prendre les commandes du journal de 22 heures de la chaîne. Suivront Europe 1, puis CNews en 2017, où Sonia Mabrouk devient progressivement l'un des principaux visages de l'interview politique. Jusqu'à la rupture de février 2026...