Entre eux, tout commence en 2007 sur le tournage d’Un prophète de Jacques Audiard. Tahar Rahim, qui fête son 45e anniversaire ce 4 juillet, tient le rôle principal, celui de Malik El Djebena, jeune détenu qui gravit les échelons d’un milieu carcéral impitoyable. Leïla Bekhti, alors invitée pour seulement quatre jours de tournage, joue Djamila, un second rôle qui suffit pourtant à la révéler au grand public. Le courant passe immédiatement entre les deux acteurs, mais aucun ne se précipite. "J’ai bien remarqué qu’on ne se laissait pas indifférents, mais nous n’avions pas la tête à ça, confiera-t-elle plus tard à Paris Match. Nous avons pris notre temps, comme si nous voulions entamer patiemment une belle histoire qui serait l’ultime."
Le pari est tenu : le couple se marie en 2010 et file depuis une vie loin des paillettes du tapis rouge. Pendant dix ans, ils ne posent littéralement jamais côte à côte devant un objectif. "On est globalement invités aux mêmes endroits, on a juste naturellement évité de se montrer ensemble, expliquait la meilleure amie de Géraldine Nakache à Vanity Fair en 2019. Les avant-premières, je n’aime pas ça et, à Cannes, si je monte les marches alors qu’il a un film, je décide de les monter seule, sans lui qui reste avec son équipe. C’est un fonctionnement assez simple, finalement." Cette même année, pour la première fois en dix ans de relation, ils acceptent de poser ensemble en couverture du magazine. "J’ai adoré faire ça et Tahar aussi, confiait-elle. Mais pour que nous nous autorisions cela, il fallait un beau projet."
Le couple ne s’est retrouvé qu’une seule fois à l’écran depuis Un prophète : en 2020, dans The Eddy, la série Netflix de Damien Chazelle. "C’est fou quand on y pense : sur Un prophète, on se rencontre, et sur The Eddy, on crée une vie", confiait alors Leïla Bekhti. J’étais enceinte sur le tournage et je ne l’ai découvert qu’à la fin." Pourtant, ils ont un autre business ensemble. Sur Papers, on découvre en effet qu’ils sont à la tête de la SCI YAMSEN, dans le domaine de la "location de terrains et d’autres biens immobiliers", qu’ils ont créée le 14 décembre 2020. Lors de sa création, la gérance de cette entreprise familiale a été confiée à une proche du couple. Mais depuis quelques mois, Tahar Rahim et Leïla Bekhti ne sont plus que tous les deux dans les statuts de leur SCI, dont ils sont propriétaires à parts égales. Presque un cinquième bébé pour les deux amoureux, parents de quatre enfants qui font leur bonheur : Souleiman, né en juillet 2017, une fille née prématurément en janvier 2020, un deuxième garçon qui a vu le jour en décembre de la même année et une petite fille, venue agrandir la famille en mars 2024.
Pourtant, le chemin n’a pas été simple. "J’ai eu beaucoup de mal à tomber enceinte de mon premier enfant, expliquait Leïla Bekhti. Quand la gynéco m’annonce que je vais avoir du mal à avoir un enfant naturellement, cela faisait plus de deux ans que j’essayais. J’étais complètement assommée par l’annonce." Finalement, Souleiman a poussé son premier cri. Et depuis, "la maternité a donné un sens à tellement de choses, confie-t-elle. Je n’imaginais pas que j’allais avoir quatre enfants en cinq minutes, mais ça me donne une énergie très forte, c’est leur sourire qui me fait me lever chaque matin."
"La première fois que j’ai vu Leïla, j’ai su à la seconde qu’elle serait ma femme et la mère de mes enfants", disait l’acteur dans les colonnes de Paris Match. Pour lui, leur rencontre était "écrite" et leur amour, leur "destin". Devenus tous les deux stars du cinéma, ils s’aiment toujours comme au premier jour et s’apportent mutuellement soutien et confiance. "Je mesure la chance de l’avoir à mes côtés. Elle me porte littéralement. Et ce n’est pas un rapport de soumission, c’est très clair entre nous, continuait-il. Je le dis souvent, elle est aussi ma meilleure amie. Elle est ma vie."
En juillet 2025, pour les 44 ans de Tahar Rahim, Leïla Bekhti s’est offert une rare entorse à sa pudeur habituelle. Sur Instagram, elle a publié une photo d’enfance de son mari, accompagnée de paroles d’Orelsan : "Rien n’a bougé depuis nos premiers "je t’aime". Ça fait seize ans qu’on sort ensemble depuis deux semaines." Dès le début de leur relation, pourtant, l’éloignement imposé par leurs tournages respectifs a mis le couple à l’épreuve. "Le problème, c’est le temps passé l’un sans l’autre, pas la confiance", confiait Leïla Bekhti au magazine Psychologies en 2015, reconnaissant sans détour que les longues séparations ont parfois pesé sur leur histoire.
Plus qu’un couple, Tahar Rahim et Leïla Bekhti forment aussi un duo artistique qui se nourrit en coulisses. Quand elle prépare un rôle, elle n’hésite pas à demander conseil à son mari. Pour incarner Esther dans Ma mère, Dieu et Sylvie Vartan, elle racontait sur le plateau de C à vous une anecdote aussi drôle que touchante : pendant que Tahar Rahim tournait Monsieur Aznavour, grimé en légende de la chanson française, et elle-même en femme âgée pour son propre film, les deux acteurs échangeaient entre deux prises sur leur quotidien de parents. Une anecdote qui résume, mieux que n’importe quelle interview fleuve, dix-neuf ans d’une histoire qui n’a jamais cherché la lumière pour exister.
Aujourd’hui, alors que Tahar Rahim s’apprête à incarner l’inspecteur Javert dans l’adaptation des Misérables de Fred Cavayé, et que Leïla Bekhti vient tout juste de recevoir le César de la meilleure actrice pour Ma mère, Dieu et Sylvie Vartan, les deux acteurs continuent d’avancer chacun à leur rythme, sur des projets différents. Mais toujours main dans la main, et aux côtés des quatre petits "miracles" de leurs vies.