Il est des lieux qui conservent une présence, même lorsque ceux qui les ont habités ne sont plus là. Dans la Vienne, le refuge de Gilbert Bécaud est de ceux-là. Derrière les murs de ce chalet tout en bois de 800 m² se dessine une part plus intime de la vie du chanteur, loin des salles de spectacle et de son immense carrière. Un endroit chargé de souvenirs, auquel sa fille Emily demeure attachée et dont elle est aujourd'hui devenue la gardienne.
"Avec plusieurs cheminées, car papa adorait les flambées, de nombreux canapés et bien sûr des pianos, à queue et droits. Pour le reste, il n’était pas branché œuvres d’art, dont il trouvait que leur place était plutôt dans les musées, et affectionnait une déco plus authentique et simple. Il n’était pas attaché aux objets et leur préférait l’extérieur et la nature. Je me souviens par exemple qu’il avait confectionné un escargot avec une corde de bateau ou qu’un simple coquillage pouvait faire office de déco", avait confié Emily Bécaud à La Nouvelle République en 2021.
C’est un havre de paix
Pour celle qui a grandi dans l'ombre de cette figure incontournable de la chanson française, cette demeure représente bien davantage qu'une simple propriété. "Nous avons vécu en caravanes sur le terrain, le temps qu’elle soit bâtie. Nous l’avons officiellement habitée à compter du 31 décembre 1979 (...) C’est un havre de paix. C’est maman qui, en 1975, a eu un coup de cœur pour les deux propriétés de la Michetterie (commune de La Bussière) et des Guignardières (commune de Saint-Pierre-de-Maillé), elles ont alors été réunies pour n’en faire qu’une de 128 hectares", expliquait-elle. Elle est associée à une histoire familiale, à des instants partagés et à la mémoire d'un père dont la personnalité ne se résumait pas à son image publique. En veillant sur ce refuge, Emily préserve aussi un lien précieux avec celui que le public connaissait sous le nom de "Monsieur 100 000 volts".
Gilbert Bécaud était un artiste qui tenait à la proximité avec son public. Une anecdote racontée par Emily lors du JT de 12/13, en décembre 2001, en témoigne. Elle y évoquait une particularité de son piano bleu, liée à une petite modification imaginée par le chanteur pour mieux voir les spectateurs installés face à lui. "Quand tu es sur scène au piano, tu vois pas les gens qui sont devant et ça, ça agaçait papa. Donc du coup, il a fait couper le pied pour voir les gens qui sont assis devant", expliquait-elle. Derrière cette histoire se révèle un détail très personnel sur la façon dont Gilbert Bécaud envisageait ses concerts. Même assis derrière son instrument, il ne voulait pas perdre le contact avec ceux qui étaient venus l'écouter. Un souvenir qui donne à voir l'homme derrière l'artiste, à travers le regard de sa fille.
Aujourd'hui, le refuge de la Vienne reste associé à cette mémoire intime. Emily en est devenue la gardienne, avec ce que cela implique d'attachement à un lieu et à ce qu'il représente. La demeure en bois, ses 800 m² et les souvenirs qui lui sont liés forment ainsi un héritage familial singulier. Car au-delà de la célébrité de Gilbert Bécaud et de son répertoire, c'est aussi l'histoire d'un père que sa fille continue de faire vivre. Dans cette maison, le souvenir de l'artiste se mêle à celui de l'homme, et le refuge prend une autre dimension : celle d'un lieu où la mémoire familiale trouve encore sa place.
Pour rappel, Gilbert Bécaud a eu six enfants : Gilbert, Philippe, Anne, Jennifer et Emily, ainsi que Noï, une enfant laotienne qu’il a adoptée avec son épouse Kitty Bécaud en 1993.