Derrière le succès et la carrière que le public lui connaît, Hélène Segara a longtemps gardé pour elle les blessures d'une enfance tourmentée. Comme la chanteuse qui célèbre ses 30 ans de carrière avec un nouvel album le confie elle-même, son adolescence est marquée par une dualité profonde. Elle habite à Six-Fours-les-Plages dans le sud de la France. Au collège, elle se forge une carapace, une image de "petite rebelle". "En apparence, je suis une petite rebelle, je me bagarre beaucoup, je suis un garçon manqué, je joue au foot, je suis une meneuse et surtout je fais le clown", a-t-elle raconté à Frédéric Lopez aujourd'hui dans Un dimanche à la campagne. Une attitude qui lui permet de s'entourer d'amis et de ne rien laisser paraître de sa détresse. Personne ne se doute de la réalité de son quotidien : "Personne ne se doute qu'à la maison, je vis des trucs pas très drôles."
Cette façade de jeune fille forte et enjouée cache en réalité une profonde souffrance. Une souffrance liée à la présence d'un beau-père violent. Un quotidien de "harcèlement", comme elle le nomme pudiquement, qui la pousse à chercher une issue, une porte de sortie pour échapper à cet enfer.
C'est une professeure de français qui, la première, saura voir au-delà des apparences. Passionnée de littérature, un "virus" que lui a transmis son père, Hélène Segara excelle en français. Ses rédactions sont le miroir de son âme, le seul endroit où elle peut laisser transparaître sa "maturité" et sa "profondeur". Son enseignante est la seule à "gratter le vernis".
Un jour, cette professeure, bouleversée, lui rend un devoir en pleurant et lui demande de rester après le cours. "Qu'est-ce que tu vis chez toi ?", lui demande-t-elle. Pour la première fois, Hélène Segara se confie. "C'est la première à qui je vais raconter le harcèlement que je subis". Face à cette détresse, l'enseignante l'oriente vers une assistante sociale. "Tu ne peux pas rester comme ça, il faut que tu en parles à quelqu'un", lui dit-elle. Une démarche qui va s'avérer être le début d'un long combat pour la jeune fille.
Chez l'assistante sociale, Hélène Segara refuse que son beau-père soit convoqué, craignant les représailles. "Surtout pas", la supplie-t-elle. Mais l'assistante sociale commet "l'erreur" de le convoquer malgré tout. Les craintes de l'adolescente se confirment : "Evidemment quand je vais rentrer le lendemain, il y aura des représailles."
Cet événement est le point de non-retour. "À partir de là, je décide que je vais quitter vraiment ma maison, que je ne peux plus rester comme ça." Le lendemain, elle part à l'école, son sac rempli non pas de cahiers, mais du "strict minimum vital" : "Deux paires de chaussettes." Elle retourne voir l'assistante sociale et lui annonce sa décision : "Sachez que je ne rentrerai pas ce soir."
La situation aboutit devant un juge pour enfants. C'est à sa propre demande qu'Hélène Segara est placée en foyer. Une décision d'une maturité déconcertante pour une jeune fille de 14 ans, mais qui marque le début d'une nouvelle vie, "sa vie d'adulte", comme le dit elle-même la maman de Raphaël, Mattéo et Maya.
À 15 ans, Hélène Segara va encore plus loin. Elle écrit au Président de la République de l'époque, François Mitterrand, pour demander son émancipation, c'est-à-dire la fin de l'autorité parentale. "Puisque je me débrouille déjà...", explique-t-elle. Une demande qui sera acceptée. "Je suis émancipée par François Mitterrand. Donc à 15 ans et 3 mois, je suis considérée comme une adulte responsable de ma vie."
Ce témoignage rare et courageux d'Hélène Segara met en lumière un parcours de résilience exceptionnel. Il souligne l'importance de l'écoute et du soutien pour les jeunes en détresse, et rappelle que derrière les apparences se cachent parfois des histoires d'une grande violence. Un récit qui, espérons-le, permettra de libérer la parole et d'encourager d'autres à briser le silence.