Derrière la porte d’une discrète cour pavée au cœur du Marais se trouve un hôtel particulier doté d’un salon aux boiseries Louis XV et d'un jardin bordé d'érables du Japon et d'oliviers, dans lequel la cinéaste Nadine Trintignant s’est installée il y a déjà cinquante-deux ans. Entre ces murs précieux, celle que ses intimes surnomment affectueusement "Nana" vit désormais entourée des clichés de ses chers disparus, qui tapissent le bureau, les tables basses et la bibliothèque, comme le raconte Le Figaro dans son édition du 23 octobre 2026. Cet ancrage au cœur de la rive droite puise ses racines dans sa jeunesse, lorsque le poète Jacques Prévert, croisé dès 1948 à la Colombe d’Or, lui faisait arpenter un Marais alors populaire et haut en couleur.
La mémoire de ce quartier intime s'étend d’ailleurs jusqu’au square Marie-Trintignant, aménagé à deux pas de là depuis 2007 grâce à Bertrand Delanoë, et où la cinéaste vient régulièrement s’asseoir pour bouquiner de la littérature japonaise, anglaise ou le tout dernier Modiano. C’est aussi avec la franchise qu’on lui connaît qu’elle regrette le manque d’entretien de cet espace vert sous la municipalité d'Anne Hidalgo et d'Emmanuel Grégoire, déplorant la disparition des fleurs qu’elle y avait amoureusement plantées et appelant de ses vœux l'installation de jeux d'enfants pour honorer le tempérament si profondément maternel de sa fille disparue.
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C’est précisément ce fil viscéral et profondément maternel qui unit Nadine Trintignant à ses deux filles, Pauline et Marie, deux présences lumineuses dont l'absence continue de hanter son quotidien avec une intensité intacte. En 1969, un drame frappe brutalement la cinéaste lorsqu'elle perd la toute petite Pauline, emportée par la mort subite du nourrisson à l'âge de 9 mois seulement. Trente-quatre ans plus tard, en 2003, la tragédie frappe une seconde fois avec le meurtre de Marie à Vilnius par Bertrand Cantat, un choc indicible dont elle confie qu'elle ne pourra jamais faire son deuil. Pour la réalisatrice, le temps qui passe n'apaise aucunement la douleur ; il ne fait qu'agrandir le vide laissé par ce qu'elle nomme ces "chagrins fulgurants".
Si elle se rend un peu moins souvent sur la tombe de Marie au cimetière du Père-Lachaise, elle s'émeut de voir que des anonymes y déposent encore régulièrement des fleurs et que des passants l'arrêtent dans la rue pour lui témoigner leur affection. La présence de son fils Vincent, particulièrement attentionné au quotidien, tout comme les visites de ses cinq petits-fils — dont l'un est installé comme restaurateur près d'Uzès et un autre écrivain dans le village où résidait Jean-Louis Trintignant —, lui apportent un baume essentiel face à une blessure qui demeure béante et qu'elle raconte dans son livre, Ceux qui nous manquent, paru le 30 septembre 2026 aux éditions Albin Michel.