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Guillermo del Toro : Le cinéaste hollywoodien maudit, malchanceux, incorrigible

Ce n'est pas un hasard si Guillermo del Toro et Peter Jackson sont proches, les deux cinéastes représentant les faces d'une même pièce rapportée à Hollywood pour y injecter un semblant d'art et d'idées. Au détail prêt que le succès phénoménal du néo-zélandais qui a adapté les aventures de Frodon est à mille lieux des luttes et échecs répétés du réalisateur de Hellboy (2004). Malchanceux ou incontrôlable, maudit ou blacklisté, celui qui a été nommé aux Oscars pour le scénario du Labyrinthe de Pan (2006) compte deux superproductions annulées, un jeu vidéo brutalement stoppé ainsi que quelques autres expériences houleuses dans le système des studios. Pas conquis pour un sous, del Toro a attiré une nouvelle fois l'attention en acceptant à contre-coeur de convertir son prochain film Pacific Rim en 3D à la Warner Bros. Un nouvel épisode qui confirme que le réalisateur mexicain est encore loin d'avoir trouvé la paix.

Transformé

Nul besoin de détails pour comprendre qu'il y a eu un affrontement entre Guillermo del Toro et le studio Warner Bros. pour la conversion en 3D de Pacific Rim avec Idris Elba et Ron Perlman. Présent au Comic-Con, le cinéaste expliquait à Collider avoir refusé de filmer en 3D son histoire de soldats qui contrôlent des robots titanesques pour contrer une invasion alien, expliquant que les dimensions des créatures auraient posé problème. Un mois après, il a visiblement perdu la bataille puisque le blockbuster sortira l'été prochain en 3D, symptôme d'une industrie qui explose les recettes avec le coût supplémentaire des places. Ce sera le premier film réalisé par del Toro à sortir dans ce format qui avait permis à Transformers 3 : La Face cachée de la lune (2011) de récolter plus d'un milliard au box-office.

La conversion de Pacific Rim n'est pas vraiment une surprise à une époque incertaine où les studios se couvrent un maximum. Lui aussi centré sur des soldats et des aliens en pleine mer, Battleship de Peter Berg est considéré comme un flop et un exemple plus ou moins probant des avantages de la 3D - qui aurait forcément permis au film de récolter plus de dollars. Mais Pacific Rim n'est qu'une énième aventure douloureuse pour Guillermo del Toro, abonné aux embûches diverses depuis des années.

Le Hobbit : Un voyage interrompu

Le lien entre Peter Jackson et del Toro n'est pas innocent. Révélés dans le cinéma d'horreur, ces deux geeks bouffis et gavés de bandes-dessinées se sont exportés vers Hollywood en parallèle. L'explosion fracassante du néo-zélandais arrive avec Le Seigneur des anneaux : La Communauté de l'année (2001) et ses suites tandis que le Mexicain attire l'attention d'un public plus restreint avec Blade II (2002) et Hellboy (2004). Hellboy II (2008) représente son film le plus commercial mais aussi l'un des plus personnels, teinté d'une poésie morbide fascinante qui prouve que del Toro est quasi-incapable de s'oublier pour conquérir l'audience.

Écoeuré par ses débats financiers avec la New Line pour sa trilogie à succès, Peter Jackson décide d'embaucher Guillermo del Toro en avril 2008 pour réaliser les deux volets du Hobbit eux-aussi adaptés de Tolkien. Absorbé par la Terre du Milieu pendant des mois, il passe deux années à développer le scénario, l'univers et les créatures, tandis que la MGM repoussé continuellement le tournage suite à ses problèmes financiers. En 2010, del Toro abandonne officiellement le poste de réalisateur, épuisé par les va-et-vient incessants. Peter Jackson le remplace alors et prouve son pouvoir lorsqu'il un budget supplémentaire pour un troisième film, créant ainsi une nouvelle trilogie qui commencera cet hiver avec Le Hobbit : Un voyage inattendu.

Les Montagnes abandonnées

Lié à Universal pour quatre films, del Toro parvient après son départ du Hobbit à remettre sur pieds l'adaptation des Montagnes hallucinées de Lovecraft, une sombre histoire d'expédition dans une chaîne montagneuse où une cité alien en ruines est découverte. Refusé par la Warner Bros. quatre ans plus tôt, le film attire l'attention du studio Universal tandis que Tom Cruise accepte le rôle principal, avec James Cameron comme producteur. Une belle équipe qui ne rassure par le studio, soucieux de voir un film à 100 millions de dollars écoper d'une interdiction aux moins de 17 ans à cause de scènes violentes et d'un scénario très noir. Prévu en juin 2011, le tournage est annulé en mars, "Universal refusant de valider le projet à cause de l'insistance de del Toro d'avoir une interdiction aux moins de 17 ans plutôt qu'aux moins de 13 ans" - ce qui permet d'ameuter le public adolescent.

Universal souhaitant se laisser le droit de revenir sur sa décision, del Toro essaie de revendre son bébé à d'autres, dans l'espoir que les concurrents acceptent ses partis pris. Un espoir qui s'est définitivement envolé cette année avec la sortie de Prometheus, le crypto-prequel d'Alien réalisé par Ridley Scott. Car del Toro explique la larme à l'oeil que les deux films piétinent le même terrain : "Mêmes prémices. Scènes qui auraient été presque identiques. Deux films qui partagent des morceaux de décor et exactement la même GROSSE RÉVÉLATION (twist) à la fin. (...) j'ai déduit que la métaphore grecque était une référence aux aspects de la création évoquée dans le livre de Lovecraft. Je pense avoir raison et en tant que fan, je suis ravi de voir un nouveau film de science-fiction par Ridley Scott. Mais cela va marquer une longue pause - si ce n'est la disparition - des Montagnes hallucinées."

La série noire continue puisque trois mois après la sortie de Prometheus, l'éditeur américain THQ annonce que le jeu vidéo Insane développé par Guillermo del Toro est annulé, conséquence directe de la restructuration de la société en péril. Annoncé en 2010, Insane restait un mystère entier, à peine éclairé par un teaser morbide. Cette expérience confirmait que le cinéaste voulait s'immiscer sur le terrain de la console, après avoir cité Bioshock et Shadow of the Colossus comme des réussites flamboyantes. Loin d'être stoppé par cette mésaventure vidéoludique, il annonce continuer à plancher sur des idées, espérant créer "le Citizen Kane des jeux vidéos".

Insensé et indéterminé

Implanté dans le système, Guillermo del Toro accumule les films comme producteur et réalisateur. En 2009, il devait chapeauter la filiale "Disney Double Dare You" pour réaliser des films d'animation pour enfants nourris de frissons, avant de céder au concurrent Dreamworks pour finalement annoncer qu'il mettrait en scène une nouvelle Maison hantée en 2010 pour Disney. Encore lié à Universal, il planche sur un nouveau Frankenstein avec Doug Jones, l'amphibien acolyte de Hellboy, dans le premier rôle. Puis annonce une relecture de La Belle et la bête avec Emma Watson avant de lancer un film d'animation Pinnochio avec Daniel Radcliffe et Ron Perlman, prévu pour 2014. Les annonces s'enchaînent à un rythme étourdissant, la moitié d'entre elles relevant presque du fantasme.

Le très attendu Hellboy III condense à lui-seul toute l'ambivalence du réalisateur, empli de bonnes intentions et d'idées mais incapable d'être pris au sérieux. Cet été, il annonçait "officiellement" préparer un troisième épisode avec Ron Perlman, avant que le créateur du comic n'affirme qu'il n'y aurait pas de conclusion à l'histoire. À l'heure actuelle, rien n'est moins sûr, les deux premiers films n'ayant pas explosé le box-office, alors que le deuxième épisode expliquait très clairement qu'un troisième film était indispensable à l'histoire.

Ultime salut ou date de péremption hollywoodienne de Guillermo del Toro, Pacific Rim sera un événement dans les deux cas. Aucune star à l'horizon de ce film de science-fiction à 200 millions de dollars prévu pour l'été 2013, qui repose entièrement sur la capacité du cinéaste à créer une aventure épique, quelque part entre Transformers et Battleship. Warrior dans l'âme, del Toro plie mais ne rompt pas, prêt à tout pour conserver son indépendance artistique. Reste à savoir combien de temps il pourra résister à la machine.

Geoffrey Crété

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