L’héritage de Pablo Picasso ne repose pas uniquement sur les œuvres laissées par le maître espagnol. Depuis la mort de son frère Claude en 2023, Paloma Picasso dirige l’administration Picasso, chargée notamment de veiller sur cet héritage. La société réunit aujourd’hui huit membres de la famille, avec Paloma et ses nièces et neveux. Ensemble, ils se retrouvent chaque mois pour évoquer les nombreuses questions liées à l’œuvre du peintre, mais aussi son avenir. Un rôle particulièrement important alors qu’un vaste projet de transformation du musée Picasso se prépare à Paris.
Interrogée par Le Parisien, Paloma Picasso a expliqué comment cette administration familiale fonctionne au quotidien. Après avoir hésité sur le nombre exact de membres, elle a précisé : "Huit ou neuf ? Ah mon hésitation venait du fait que le dernier vient d’avoir 18 ans, il était représenté par sa mère. Nous sommes huit avec moi." Ces héritiers se retrouvent une fois par mois pour une réunion de travail. "Comme souvent dans ce genre de réunion, on parle des problèmes", raconte-t-elle. Parmi leurs préoccupations figurent notamment les très nombreuses demandes d’authentification d’œuvres attribuées à Pablo Picasso. "Des centaines et des centaines de gens nous contactent. Parfois pour une page de livre encadré. On fait un tri, on ne reçoit pas tout le monde. Il y a des faux manifestes, horribles, et des œuvres qui paraissent plausibles", lâche la fille de l'immense artiste. Avec les experts, les membres de l’administration doivent donc tenter de distinguer les œuvres authentiques des faux Picasso. Cette organisation familiale intervient aussi directement dans un projet majeur pour l’avenir du musée parisien, Picasso 2030. Il s'agit de profondément transformer l’établissement du Marais. Le budget annoncé par Paloma Picasso au Parisien atteint 55 millions d’euros, dont 40 millions financés directement par la famille. Une implication financière considérable pour permettre au projet d’avancer sans solliciter davantage les pouvoirs publics. "Le fait qu’on ne demande pas un sou à l’État, ça a été épuisant, pour trouver des solutions. On peut être fier de ce projet", confie Paloma Picasso. Le chantier doit notamment permettre de créer de nouveaux espaces au sein du musée et un vaste jardin de sculptures.
Pour financer cette transformation, la famille a notamment obtenu l’autorisation de réaliser des tirages exceptionnels en bronze de huit sculptures de Pablo Picasso. Quatre doivent rejoindre le futur jardin du musée, tandis que les quatre autres serviront à contribuer au financement des travaux. Une décision qui a nécessité de revenir sur une règle familiale ancienne, comme l’explique Paloma : "On s’était donné pour règle de ne jamais faire de tirages posthumes. Mais c’était une décision d’il y a cinquante ans. J’aime énormément la sculpture de mon père, moins célébrée que sa peinture. Et la création de ce nouveau jardin lui aurait énormément plu. Nous, on a toujours grandi avec des sculptures dans le jardin, chez lui. C’était comme des amis. La chèvre, j’étais assise dessus." La célèbre sculpture doit ainsi prendre place sur les pelouses de l’établissement à l’horizon 2030-2031.
Derrière ce choix financier et patrimonial, Paloma Picasso revendique aussi une histoire intime avec son père. L’artiste avait notamment attaché un jour une véritable chèvre à sa sculpture pour amuser ses enfants. "Il était tellement joueur. Il nous a donné énormément. Pour rien au monde je ne le changerais avec un autre père. Il avait un grand respect des enfants. Peu de grandes personnes savent donner ça", se souvient-elle. À travers le projet Picasso 2030, les huit membres de l’administration familiale entendent donc contribuer directement à la transmission de cette œuvre. Le futur jardin de sculptures, annoncé comme un espace accessible gratuitement, doit notamment accueillir une dizaine de créations emblématiques du peintre.