Sur grand écran comme sur les planches, Sandrine Bonnaire prête sa voix et son regard à des parcours marqués par la fêlure et la reconstruction. Ce mercredi 30 septembre, la comédienne est à l’affiche du documentaire Le Monde à l’endroit, réalisé par Sylvie Meyer, dans lequel elle interprète la psychiatre Muriel Salmona, spécialiste reconnue de la prise en charge des victimes de violences sexuelles. En parallèle, elle monte chaque soir sur la scène du Théâtre de l’Atelier, dans le XVIIIe arrondissement de Paris, pour porter le texte incandescent de Sarah Kane dans "4.48 Psychose". Deux œuvres exigeantes qui font écho à son histoire personnelle. Dans un entretien accordé au Parisien, l’actrice a évoqué sans détour un traumatisme intime vécu il y a plus de vingt ans et la longue démarche qui lui a permis de reprendre pied.
C’est en 2000 que Sandrine Bonnaire a été victime d’une terrible agression de la part de son compagnon de l’époque. Les séquelles physiques ont été très lourdes : strangulation, huit dents brisées et une triple fracture de la mâchoire. Face à ce choc, l’actrice a choisi, dans un premier temps, de préserver le silence médiatique. Pour affronter l’épreuve et réparer ce qui a été détruit, la comédienne se tourne alors vers un soutien thérapeutique. “Je suis allée voir une psy pendant quatre ans, qui m’a énormément aidée”, confie-t-elle. Un soutien qui lui a été très important dans sa quête de reconstruction.
Ce n’est que bien plus tard, en 2019, qu’elle décide d’évoquer publiquement cette agression dans l’ouvrage de Catherine Ceylac, À l’amour, à la vie. La même année, alors qu’elle héberge une nièce elle-même victime de violences, toutes deux participent à une marche contre les violences sexistes et sexuelles. Sandrine Bonnaire prend alors la parole pour briser le sentiment d’isolement : “Je voulais montrer à d’autres femmes victimes que ce n’est pas honteux d’avoir été frappée. Ce n’est pas nous qui devons avoir honte”. Avec cette prise de parole, l’actrice avait un but précis : déconstruire certains préjugés. “Les gens ont parfois l’impression que les actrices mènent une belle vie dans un petit cocon, alors qu’on est tous confrontés à des choses douloureuses de la vie”, a-t-elle rappelé.
Pour Sandrine Bonnaire, il était très important de raconter ce qu’elle a vécu. Son agresseur, qui avait dix-sept ans de plus qu’elle, n’a été condamné qu’à une peine de deux ans de prison avec sursis. Une sentence qui laisse aujourd’hui un profond sentiment d’injustice à l’actrice. “Il a vécu tranquille, et je me rends compte qu’il va peut-être partir sans avoir été vraiment inquiété”, a-t-elle déploré avant de poursuivre : “Alors, un jour, je donnerai son nom”. Aujourd’hui, Sandrine Bonnaire fait en sorte que son histoire personnelle puisse aider d’autres femmes dans cette situation.