À 92 ans, Jérôme Seydoux continue de faire tourner la grande maison Pathé. À la tête du groupe depuis 1990, l'homme d'affaires a vu le cinéma français traverser plusieurs crises, de la concurrence de la télévision à l'arrivée des plateformes, en passant par le Covid. Mais une nouvelle page s'est écrite en 2025 avec l'arrivée de Rodolphe Saadé au capital. Le patron de CMA CGM a alors pris 20 % de Pathé. Dans une interview accordée à Paris Match, publiée le 24 septembre 2026, Jérôme Seydoux revient sur cet investissement et sur ce qu'il a changé pour le groupe.
Figure incontournable du cinéma français, Jérôme Seydoux est aussi le grand-père de l'actrice Léa Seydoux. Mais depuis plus de trente-cinq ans, c'est surtout à la tête de Pathé qu'il a construit son histoire. Et aujourd'hui, il entend continuer à investir.
Pour comprendre l'importance de l'arrivée de Rodolphe Saadé, il faut revenir quelques années en arrière. La crise sanitaire a durement touché l'exploitation cinématographique, avec des salles fermées et des habitudes de consommation bouleversées. Jérôme Seydoux assure pourtant à Paris Match avoir toujours cru à leur avenir : "J'ai toujours cru à la salle de cinéma, y compris dans les périodes les plus difficiles."
Le patron de Pathé voit même dans la salle un lieu qui continuera à résister aux plateformes. "Les gens ont besoin de se retrouver, de partager des émotions collectives", estime-t-il. Mais pour rester compétitif, encore faut-il pouvoir investir.
C'est précisément ce que permet, selon lui, l'arrivée de Rodolphe Saadé. "Rodolphe Saadé a apporté de l'oxygène à Pathé", affirme Jérôme Seydoux dans Paris Match. Avant de préciser : "Pour rester compétitif, il faut investir." Une entrée au capital qui lui a permis, assure-t-il, de "retrouver un rythme plus dynamique après la période du Covid, qui nous avait beaucoup fragilisés."
Pour l'homme d'affaires, l'enjeu est désormais de continuer à faire grandir Pathé dans un secteur où la taille compte de plus en plus. Jérôme Seydoux rappelle ainsi avoir tenté de rapprocher Pathé et UGC en 2022. Une opération qui n'avait finalement pas abouti.
Depuis, le groupe poursuit sa stratégie en misant notamment sur les grandes productions et les licences connues du public. "Exploiter des licences permet de limiter les risques", explique Jérôme Seydoux à propos d'Astérix et du Marsupilami. Pathé a également connu de beaux succès avec "Le Comte de Monte-Cristo" ou encore "Les Trois Mousquetaires".
Mais l'investissement ne concerne pas seulement les films. "Pathé investit, par exemple, 50 millions d'euros par an dans l'informatique et la data", révèle Jérôme Seydoux. Une somme qui illustre la transformation du métier depuis une dizaine d'années. Le groupe continue aussi de miser sur les salles premium, à l'image du Pathé Odysseum de Montpellier, équipé de l'unique projecteur Imax 70 mm de France.
Pour Rodolphe Saadé, l'opération dépasse donc largement le simple placement financier. En prenant 20 % de Pathé, le patron de CMA CGM s'invite dans l'un des noms historiques du cinéma français et accompagne son développement à un moment où le groupe entend accélérer ses investissements. "Pour rester compétitif, il faut investir", résume Jérôme Seydoux dans Paris Match. Une phrase qui résume finalement assez bien le nouveau chapitre qui s'ouvre pour Pathé, désormais soutenu par l'un des grands noms du capitalisme français.