Une personne peut être particulièrement productive le matin, faire une sieste l'après-midi puis reprendre son travail avec une sensation de fraîcheur. Une autre peut au contraire éviter de dormir en journée, car les siestes la rendent somnolente ou désorientée. Ces différences reflètent surtout les habitudes de sommeil et les réactions propres à chacun, plutôt qu'un type de personnalité particulier.
Pour certains, la sieste est une solution de secours après une mauvaise nuit. Pour d'autres, c'est l'un des moments les plus attendus de la journée. Après le déjeuner, les rideaux se ferment, le téléphone passe en silencieux et 20 minutes de sommeil peuvent donner l'impression d'appuyer sur un bouton "reset".
Les personnes qui aiment faire la sieste sont parfois qualifiées de paresseuses ou de peu dynamiques. Pourtant, la psychologie du sommeil offre une explication bien plus intéressante. La sieste se trouve au croisement du rythme circadien, de la pression de sommeil, de la récupération cognitive, de la mémoire et des habitudes. Avoir envie de dormir en journée n'est donc pas forcément un manque de motivation : cela peut simplement refléter le fonctionnement de notre organisme.
L'une des principales explications vient du chercheur en sommeil Alexander Borbély et de son célèbre modèle à deux processus de la régulation du sommeil.
Selon cette théorie, le sommeil est régi par deux mécanismes. Le processus S, ou pression homéostatique de sommeil, augmente pendant les périodes d'éveil et diminue lorsque nous dormons. Le processus C correspond au rythme circadien, qui participe à la régulation du sommeil et de l'éveil sur environ 24 heures.
Prenons l'exemple d'une personne qui se réveille à 6 heures. En début d'après-midi, elle a déjà accumulé plusieurs heures d'éveil et sa pression de sommeil est plus importante. Son envie de faire une sieste n'est donc pas nécessairement liée à un manque de volonté.
Une sieste permet alors de réduire temporairement cette pression, ce qui peut donner l'impression de repartir pour une seconde partie de journée.
On attribue souvent la baisse d'énergie de l'après-midi au repas de midi. Pourtant, la somnolence est également influencée par le rythme circadien.
La vigilance ne diminue pas simplement de façon continue entre le matin et le soir. La pression de sommeil interagit avec le rythme circadien, qui favorise naturellement l'éveil ou le sommeil à différents moments de la journée.
Une personne peut ainsi être très énergique le matin, ressentir davantage de fatigue au cours de l'après-midi, puis retrouver de la vigilance quelques heures plus tard.
Pour les adeptes de la sieste, cette période peut donc être particulièrement propice au sommeil. Le corps connaît naturellement une hausse de la somnolence, ce qui peut rendre l'endormissement plus facile.
Si certaines personnes finissent par apprécier ce rituel, ce n'est pas sans raison. Dans certaines conditions, les siestes peuvent avoir des effets sur les capacités cognitives.
La chercheuse Sara Mednick, avec Ken Nakayama et Robert Stickgold, a notamment montré que les siestes comprenant à la fois du sommeil lent et du sommeil paradoxal pouvaient favoriser certains apprentissages perceptifs dépendants du sommeil. Dans leur expérience, une sieste de 60 à 90 minutes produisait des bénéfices sur l'apprentissage comparables, sur certains aspects, à ceux associés au sommeil nocturne.
Une revue systématique consacrée aux siestes chez des adultes en bonne santé a également conclu qu'elles pouvaient contribuer aux performances de la mémoire déclarative, notamment dans le traitement d'informations apprises dépendant de l'hippocampe.
Imaginez une personne qui a passé toute la matinée à étudier, écrire ou résoudre des problèmes complexes. Sa sieste peut lui donner l'impression de simplement "déconnecter". Pourtant, le sommeil n'est pas une période d'inactivité totale : certains processus liés à l'apprentissage et à la mémoire se poursuivent pendant que nous dormons.
Il existe aussi une explication comportementale au fait que certaines personnes finissent par adorer faire la sieste.
Lorsqu'une personne ressent régulièrement une baisse d'énergie vers 14 heures, dort un peu et se réveille ensuite plus alerte, son cerveau peut progressivement associer la sieste à la récupération.
Avec le temps, le rituel lui-même peut devenir agréable. Fermer les rideaux, s'allonger et mettre temporairement ses responsabilités de côté marque une transition entre l'effort et le repos.
Cela ressemble à un mécanisme d'apprentissage par renforcement : lorsqu'un comportement produit régulièrement une conséquence agréable, comme une diminution de la somnolence ou un regain de vigilance, le cerveau peut être davantage enclin à le reproduire.
La prochaine fois que quelqu'un annonce avec enthousiasme qu'il va faire sa sieste de l'après-midi, il ne s'agit donc pas forcément de paresse. Son cerveau a peut-être simplement appris qu'un court moment de sommeil constitue une manière efficace de récupérer.