Une figure de la politique française s'en est allée. Ce 6 juin 2026, nous apprenons le départ de Bernadette Chirac à l'âge de 93 ans. Elle "s'est éteinte dans la soirée, paisiblement, entourée des siens. Elle venait d'avoir 93 ans", a indiqué sa fille Claude.
L'épouse de Jacques Chirac n'était pas seulement une première dame au service de la carrière de son mari, elle était aussi une femme de conviction et de culture, stricte, mais surtout déterminée.
Bernadette Chodron de Courcel – son nom de jeune fille – était originaire de Paris. Issue d'une famille d'aristocrates, elle passe une partie de son enfance loin de la capitale avec sa mère pendant la Seconde Guerre mondiale. Lorsque son père, militaire de carrière, est libéré, la famille retourne à Paris. Tout au long de sa scolarité, la jeune Bernadette bénéficie d'une éducation stricte et catholique. Elle intègre Sciences-Po, où elle fait la rencontre de son futur époux Jacques Chirac en 1951. Malgré une certaine réticence de sa famille vis-à-vis des origines plus modestes de son fiancé, le couple se marie cinq ans plus tard. Bernadette décide alors d'arrêter ses études. Rapidement, les jeunes mariés accueillent leur première fille, Laurence, en 1958, puis Claude, quatre ans après.
Bernadette se consacre alors à la carrière de son ambitieux mari qui entre en politique en 1962. C'est lui qui la pousse ensuite à se lancer en 1971, sur le terrain, en intégrant le conseil municipal de Sarran, en Corrèze, où le couple possède un château. Elle deviendra conseillère générale de la Corrèze neuf ans plus tard et ce, jusqu'en 2011. Lorsque Jacques Chirac devient maire de Paris en 1977, sa femme se consacre à des oeuvres de bienfaisance dédiées aux arts et aux enfants malades. Un engagement notamment motivé par sa fille Laurence, qui, dès 1973, souffre d'anorexie mentale après une méningite.
La vie de famille de Bernadette est d'autant plus mise à rude épreuve qu'elle subit la liaison que son mari, alors Premier ministre, entretient avec Jacqueline Chabridon, journaliste au Figaro. Même lorsque cette relation extraconjugale se termine en 1976, les infidélités de Jacques ne s'arrêtent pas. Des écarts que son épouse finit par accepter : "Au début, j'ai eu beaucoup de chagrin. Puis je m'y suis faite. Je me suis dit que c'était la règle et qu'il fallait la subir avec autant de dignité que possible", avait-elle confié à Erwan L'Éléouet pour la biographie Bernadette Chirac, les secrets d'une conquête (Fayard), publiée en février 2019. Le couple envisage un temps le divorce, mais décide de rester ensemble pour ne pas nuire à l'image et aux ambitions politiques de Monsieur. En 1979, les Chirac recueillent Anh Dao Traxel, une Vietnamienne de 21 ans qui fuyait son pays d'origine.
Nommée présidente de la Fondation Hôpitaux de Paris – Hôpitaux de France en 1994, Bernadette Chirac s'illustre en reprenant l'opération Pièces jaunes. Une action tournée vers les enfants handicapés, les malades et les personnes âgées qu'elle renforcera quelques années plus tard en devenant la présidente de la fondation Claude-Pompidou. En 1995, Jacques Chirac devient président de la République et son épouse s'investit pleinement dans son rôle de première dame, aussi bien à l'Élysée qu'à l'international, lorsqu'elle l'accompagne dans ses déplacements. Populaire et présente sur le terrain, cette figure de la droite jouit d'une certaine influence dans la politique de Jacques Chirac et contribue à sa réélection en 2002.
Après son départ de l'Élysée, l'ancienne première dame continue de prendre part à la vie politique tout en poursuivant son activité caritative. Lorsque Nicolas Sarkozy est élu président en 2007, Bernadette le soutient ouvertement. En 2016, le couple Chirac fait face au décès de sa fille Laurence, après de longues années de combat contre la maladie et plusieurs tentatives de suicide. Malade et âgée de 83 ans, Bernadette Chirac prend ses distances avec la vie publique et démissionne successivement du conseil général de Corrèze, puis du conseil d'administration du groupe LVMH et arrête l'opération Pièces jaunes en 2018.
Avec son mari affaibli par la maladie, l'octogénaire résidait ces dernières années dans l'hôtel particulier parisien mis à leur disposition par François Pinault. Une fin de vie marquée par une certaine tristesse selon le biographe Erwan L'Éléouet, comme il l'a évoqué en février 2019 : "Il y a chez elle beaucoup de mélancolie. Elle était une femme de combat, et tout d'un coup, ces combats, qu'elle a menés pour maintenir sa fille en vie, pour soutenir son mari en politique, sont terminés", a-t-il expliqué. Son devoir "était d'accompagner Jacques Chirac, de tout faire pour qu'il puisse accomplir son destin, et elle n'a jamais dérogé à la règle."
© BestImage, Stéphane Lemouton
Elle aura été au côté de son mari jusqu'au décès de celui-ci le 26 septembre 2019. Discrète lors de l'hommage populaire organisé aux Invalides, puis lors de la grande cérémonie en l'église Saint-Sulpice présidée par Emmanuel Macron, elle a seulement trouvé la force d'assister à une messe privée organisée à la cathédrale Saint-Louis des Invalides, épaulée par sa fille Claude et son petit-fils Martin.







































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