Si vous vous intéressez à la mode ou à la géopolitique, son visage vous dit forcément quelque chose. Cheikha Moza bint Nasser, deuxième épouse de l’ancien émir du Qatar et mère de l’actuel émir Tamim ben Hamad, est une figure incontournable de la scène internationale. Diplômée en sociologie, présidente de la Fondation du Qatar et envoyée spéciale de l'UNESCO, cette femme de pouvoir est aussi considérée comme l'une des personnalités les mieux habillées de la planète.
Mais au-delà du prestige et des réceptions officielles, Cheikha Moza a imposé une vision unique du vestiaire royal : un pont sur mesure entre l'excellence de la haute couture et les exigences de la mode modeste.
Il se murmure dans les salons parisiens que Cheikha Moza possède l'une des plus impressionnantes collections privées de haute couture au monde. Une passion que son mari résumait d'ailleurs avec humour en déclarant que l'achat de la maison Valentino en 2012 pour 700 millions d'euros avait coûté moins cher au Qatar que le budget shopping annuel de son épouse.
Pourtant, la reine du style qatarie ne se contente pas d'acheter des pièces tout juste sorties des défilés. Son vrai savoir-faire réside dans l'art de la transformation. En effet, là où la plupart des clientes portent les silhouettes telles qu'imaginées par les créateurs, Cheikha Moza fait réadapter chaque tenue. Un décolleté trop plongeant ? Il est remonté. Une robe courte ? Sa longueur est allongée jusqu'aux chevilles. Des bras nus ? Des manches longues ajustées sont ajoutées dans les ateliers.
Les exemples de ce travail d'orfèvre sont saisissants. Sur une création Armani Privé, elle transforme un ensemble top et pantalon blanc en une sublime abaya fluide. Pour une robe Schiaparelli inspirée d'un dessin de 1937, elle associe la tenue à un voile bleu roi parfaitement assorti.
Même exercice d'équilibriste chez Dior ou Chanel : un manteau long sur une robe verte plissée est adapté pour garantir une couvrance totale sans perdre la coupe d'origine. Plus fort encore, lorsqu'elle jette son dévolu sur une robe blanche Valentino ajourée de grands cercles transparents, les découpes sont doublées d'un tissu opaque ton sur ton. Quant au manteau en velours violet de la collection Jean Paul Gaultier Automne 2009, il devient une tenue de gala magistrale, complétée par son emblématique turban.
Derrière l'allure d'exception se cache aussi une véritable stratégie patrimoniale. Acheter de la haute couture n'a plus rien à voir avec un simple achat impulsif : c'est un placement financier. Contrairement au prêt-à-porter qui se déprécie rapidement, la haute couture s'apparente à l'acquisition d'une œuvre d'art.
En commandant des pièces adaptées auprès des plus grands ateliers, Cheikha Moza constitue un fonds d'archives inestimable. Ces créations hors normes traversent le temps sans perdre de leur valeur. Dans le marché très fermé des enchères et des collections vintage de prestige, ces pièces historiques atteignent des valorisations record des années plus tard. Un investissement textile particulièrement fin qui transforme une garde-robe en trésor financier.
Contrairement à la coutume de l'abaya noire traditionnelle, Cheikha Moza a imposé le turban comme un accessoire de mode à part entière. Toujours parfaitement coordonné à ses tenues (qu'il s'agisse d'un ensemble minimaliste signé The Row ou d'une cape majestueuse Valentino), il est devenu sa marque de fabrique.
Ainsi, en réinventant les codes de la couture tout en se bâtissant une collection unique, Cheikha Moza prouve depuis des années que traditions et sens des affaires font excellent ménage avec l'audace stylistique.