À 62 ans, Philippe Bevan n’a rien perdu de l’enthousiasme qui l’anime depuis ses débuts. Désormais installé au Miroir Secret, à Quarante, dans l’Hérault, salon qu’il a ouvert avec Cyril Jean, son ami d’enfance et associé, il se montre au téléphone dynamique, chaleureux et intarissable lorsqu’il raconte ce métier devenu une véritable passion. De Los Angeles à Las Vegas, il revient avec plaisir sur les années où il coiffait les stars.
Ôde : Quand débute votre histoire avec la coiffure ?
Philippe Bevan : À 15 ans et demi, j’étais professeur de saxophone ! Ça ne se passait pas bien avec mon père, alors je suis parti de chez moi. Je jouais dans le métro à Paris, mais j’avais toujours aimé la coiffure. Je suis allé au culot dans une grande école parisienne. Le directeur m’a donné une tête malléable : "Montrez-moi ce que vous savez faire." Je n’avais jamais coiffé, à part les Barbie de mes sœurs ! J’ai bricolé un chignon et il m’a fait confiance. Il est ensuite devenu un peu comme mon deuxième papa.
Et très vite, vous vous retrouvez dans les concours…
Six mois après mes débuts, je suis arrivé deuxième au championnat de France de coiffure masculine. Ensuite, je suis devenu champion de France, champion d’Europe et deux fois champion du monde, en individuel puis par équipe. Pour mon premier titre mondial, j’avais créé une sorte de champignon atomique bleu électrique, très loin des coiffures classiques des autres concurrents. Ça a plu !
Avant les stars américaines, vous aviez déjà coiffé quelques célébrités en France, notamment Eddy Mitchell…
Oui. J’étais le coiffeur officiel de La Dernière Séance, son émission consacrée au cinéma. Et forcément, je m’occupais de sa fameuse banane ! J’ai également coiffé Jean-Marie Bigard et d’autres personnalités françaises avant de partir aux États-Unis.
Justement, quel était le secret de cette banane devenue indissociable d’Eddy Mitchell ?
Il n’y avait pas de recette miraculeuse : surtout un très bon brushing et un peu de laque. Tout se jouait dans la façon de donner la forme et le volume dès le séchage. C’était finalement assez simple techniquement, mais il fallait évidemment retrouver cette silhouette très reconnaissable à chaque fois.
Comment arrivez-vous ensuite aux États-Unis ?
Je suis d’abord parti au Mexique comme directeur artistique pour Jacques Dessange. Puis, de là, j’ai été appelé à Dallas. Je me suis rapidement fait une réputation et José Eber, l’un des grands coiffeurs de stars aux États-Unis, m’a ensuite recruté. Puis tout s’est enchaîné : Los Angeles, Las Vegas, New York et Montréal.
Vous souvenez-vous de la première star américaine que vous avez coiffée ?
Le premier a dû être Kevin Bacon, à Los Angeles. Puis Sharon Stone, juste avant la sortie de Basic Instinct. Avec elle, j’avais la boule au ventre. Tous les autres coiffeurs regardaient et le patron était là. Je me suis dit : "Là, il ne faut vraiment pas que tu te plantes." Mais ça s’est très bien passé.
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À Las Vegas, comment se passaient les rendez-vous avec les stars ?
Elles ne venaient généralement pas au salon : nous allions les coiffer dans leur suite. Le garde du corps vous ouvrait la porte et vous vous retrouviez seul avec la célébrité. J’ai toujours dit à mes clientes : "Ne me montrez pas tout de suite la photo de la coiffure que vous souhaitez. Laissez-moi d’abord vous dire ce dont vous avez besoin et pourquoi."
C’est comme ça que vous avez bluffé Salma Hayek…
Salma Hayek a naturellement les cheveux extrêmement bouclés et elle en a énormément. Quand je suis allé la coiffer, on m’avait prévenu : "Surtout, prends ton lisseur, Salma veut son lisseur." Je l’ai pris, mais je lui ai vite dit que je n’en aurais pas besoin.
Elle m’a regardé en rigolant : "Vous ne connaissez pas mes cheveux." Je lui ai répondu : "Vous ne me connaissez pas non plus, ça tombe bien !"
Je lui ai fait son brushing sans lisseur. À la fin, elle m’a dit : "Ah oui, quand même, c’est bien raide !" Ensuite, chaque fois que je la recoiffais, je posais exprès le lisseur devant elle et elle me disait : "Non, non Philippe, je ne pense pas qu’on aura besoin de ça." Rien que son brushing pouvait prendre 45 minutes à une heure.
Vous avez aussi coiffé Paris Hilton plusieurs fois…
Oui, au Bellagio à Las Vegas. Je ne lui ai jamais coupé les cheveux, je la coiffais pour des soirées. À l’époque, elle était un peu… disons qu’elle n’était pas toujours très nette dans sa tête. Mais techniquement, ses coiffures n’avaient rien de très compliqué.
Vous avez aussi eu la chance de vous occuper du célèbre brushing de Cindy Crawford. Quel était le secret de cette coiffure ?
J’avais une façon assez particulière de faire les brushings, très américaine, et c’est aussi pour cela qu’on m’aimait beaucoup là-bas. Je pouvais créer énormément de volume et de boucles uniquement avec le brushing, sans avoir besoin d’un fer à boucler.
Avec Cindy Crawford, forcément, il fallait retrouver ce qui faisait sa signature : beaucoup de volume et cette ondulation très souple. La première fois que je l’ai coiffée, je me suis quand même dit : "Là, tu as plutôt intérêt à t’appliquer. Le volume et l’ondulation, il faut que ce soit là." Quand vous travaillez sur des cheveux aussi connus, vous ne pouvez pas passer à côté !
Mais techniquement, je savais ce que je voulais faire. Elle a aimé le résultat et je l’ai recoiffée par la suite. Je l’ai également coiffée pour un show Yves Saint Laurent, mais cette fois, je lui avais réalisé un chignon.
Et ce que je retiens aussi d’elle, c’est qu’elle était adorable, très naturelle et sans aucun comportement de diva.
Toutes les stars étaient aussi agréables ?
Non. À Las Vegas, j’ai coiffé un acteur dont je tairai le nom. Il m’a mal traité. Du coup, j’ai fait sa coupe en dix minutes et je lui ai dit : "Vous êtes quelqu’un que j’aimais beaucoup, mais là, je suis très déçu. La prochaine fois que vous revenez à Vegas, ne me demandez pas."
Trois mois plus tard, je vois de nouveau son nom sur mon planning. Dès qu’il ouvre la porte, il s’excuse. Il m’explique qu’il n’avait pas dormi et qu’il s’était défoulé sur moi. Je lui ai répondu : "Ah, là, vous êtes de retour dans mon cœur !"
Pour vous, une star restait donc un client comme un autre ?
Exactement. Au Bellagio, à Las Vegas, on nous disait parfois : "Si une star arrive, prenez-la tout de suite." Moi, je répondais : "Non, elle prend rendez-vous comme tout le monde." Si on pouvait la prendre, très bien. Sinon, elle attendait. Ce sont les clients du quotidien qui vous font vivre, pas les quelques stars que vous coiffez.
Vous étiez le confident de ces personnalités ?
Pas du tout ! Je n’aime pas les ragots et je ne voulais pas connaître leur vie privée. Une fois, à New York, une cliente s’est mise à me raconter l’histoire de son amant. J’ai posé mes ciseaux et mon peigne et je lui ai dit : "Tu sais que moi, ça ne m’intéresse pas. Là, tu me parles de ton amant. Déjà, je m’en fiche, et en plus, tu oublies que je coiffe aussi ton mari !"
Vous avez également coiffé Céline Dion…
Un amour ! Une gentillesse et une simplicité incroyables. Elle faisait construire sa maison à Las Vegas et préparait son futur show. Je l’ai coiffée pendant cette période, mais je suis parti avant le début du spectacle. J’aurais adoré la coiffer pour le show. J’ai aussi coiffé Henry Winkler, Tommy Lee Jones, Kevin Costner ou Elisabeth Shue.
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Combien coûtait une prestation avec vous à Las Vegas ?
Environ 500 dollars pour une femme et 150 pour un homme. Ça semble cher, mais José Eber facturait à l’époque autour de 300 dollars rien que pour une consultation. Alors, avec mes 500 dollars, je n’étais finalement pas si cher ! (Rires.)
Quelle est la requête la plus folle qu’on vous ait faite ?
Une cliente de New York venait souvent à Las Vegas. Un jour, elle m’appelle : "Philippe, j’ai un événement très important à New York, je veux que tu viennes me faire mon chignon." C’était un samedi, donc je lui ai expliqué que je perdrais une grosse journée de chiffre.
Elle s’est arrangée avec mon patron et m’a envoyé son jet privé. J’ai passé trois jours à New York, tous frais payés, uniquement pour lui faire un chignon. J’ai été payé 2 000 dollars.
Pourquoi avez-vous finalement quitté cette vie pour revenir en France ?
Pour ma mère. À 21 ans, le jour où je devais me marier, un accident de voiture a tué mon père, ma sœur, mon beau-frère et ma belle-sœur. Nous nous sommes quand même mariés quinze jours plus tard. Des années après, alors que j’avais deux salons entre New York et Montréal, on m’a appelé pour m’annoncer que ma dernière sœur était en train de mourir d’un cancer. Ma mère avait perdu son mari et ses autres enfants. Une maman, on n’en a qu’une. J’ai donc tout plaqué pour rentrer en France et me rapprocher d’elle. Puis mon ami d’enfance Cyril m’a proposé d’ouvrir un salon avec lui à Quarante.
De Las Vegas à Quarante, le changement est radical…
Oui, mais ce n’est pas parce qu’on vit dans un village qu’on n’a pas droit au meilleur service. Certains clients font déjà deux heures et demie ou trois heures de route pour venir. J’ai même une cliente de Monaco qui revient tous les trois mois.
Vos tarifs ont dû baisser ?
Vegas, c’était Vegas, avec les paillettes et les tarifs qui allaient avec. Aujourd’hui, ce qui m’intéresse, c’est la qualité du travail et l’état d’esprit dans lequel on le fait. Mon métier reste avant tout une passion, pas juste un gagne-pain.
Un dernier conseil coiffure pour nos lectrices ?
En été, mouillez vos cheveux à l’eau claire avant d’aller dans une piscine. Le cheveu est comme une éponge : s’il est sec, il absorbera davantage l’eau chlorée.
Pour les soins, c’est l’inverse. Si vous mettez un masque sur des cheveux complètement trempés et dégoulinants, le produit va être dilué, couler vers le cuir chevelu et risque notamment de rendre les racines grasses et les cheveux plats. Il faut donc très bien essorer ses cheveux avant d’appliquer son soin.
Pour des cheveux vraiment abîmés, je conseille même parfois d’appliquer le soin sur les pointes une demi-heure avant la douche. Vous le laissez poser pendant que vous faites autre chose, puis vous prenez votre douche et faites votre shampoing. Vous verrez que vos cheveux seront mille fois plus beaux.
Le Miroir Secret
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