Dans le monde très exigeant de la gastronomie parisienne, Jean-François Piège n'est pas seulement un chef de génie, c'est aussi un redoutable homme d'affaires. Mais attention, un homme d'affaires qui garde le contrôle. Comme l'a souligné à juste titre Laurent Mariotte en recevant l'ex-juré de Top Chef dans son émission Boustifaille sur Youtube, il fait figure de véritable exception en possédant ses propres adresses.
"Tu es un des rares chefs propriétaires, il faut le dire quand même, tes lieux t'appartiennent en fait : Le Grand Restaurant, L'Épi d'Or, La Poule au Pot, Clovergrill - qui est un lieu qui fête ses dix ans", rappelle l'expert culinaire. Une indépendance qui lui permet d'être le seul maître à bord de ce que Jean-François Piège nomme aujourd'hui sa "collection de galaxie" comptant pas moins de 12 à 13 restaurants.
Ce qui fait vibrer cet insatiable passionné, c'est avant tout l'âme d'un projet. "C'est l'entrepreneuriat oui et aussi quelle histoire je vais vivre ? On a dit plusieurs fois non à des choses parce qu'il n'y avait pas d'histoire de cuisine derrière." Mais cette aventure entrepreneuriale, il ne la vit pas seul. Il s'épaule de son épouse Élodie. "On a une chance folle, c'est qu'on travaille ensemble sans travailler ensemble," confie le chef.
Et pas question pour elle de jouer les figurantes : "On a créé un modèle qui n'est pas celui où il y en a un qui cuisine et l'autre qui est en salle ou derrière la caisse. Elle a un regard et elle apporte quelque chose qui est peut-être un appui beaucoup plus fort que simplement d'aller poser un plat à quelqu'un." Une collaboration d'égal à égal où les débats sont toujours ouverts : "Elle me dit non, parfois c'est elle qui l'emporte, parfois c'est moi."
Forcément, avec un tel patrimoine, la question de la succession se pose. Ses enfants, Antoine et Pia, reprendront-ils le flambeau de ce magnifique empire familial ? Mais contre toute attente, Jean-François Piège est n'est pas franchement friand de cette idée. S'il reconnaît que sa fille "a quelque chose" et pourrait reprendre le relais "si elle a envie", le chef a un autre plan en tête : "Je pense que j'aurais tout vendu et qu'elle fera sa vie. La succession de cet aspect familial, l'héritage un peu forcé, ça peut être un poids."