Son nom ne disait peut-être pas grand-chose au grand public. Pourtant, ses mots, eux, ont traversé les générations. Vline Buggy, figure majeure de l’écriture dans la chanson française, s’est éteinte à l’âge de 97 ans. Derrière ce pseudonyme se cachait Liliane Konym, une femme dont la plume a accompagné les plus grands interprètes de la variété française. De Claude François à Johnny Hallyday, en passant par Hugues Aufray, France Gall, Michel Sardou ou encore Dalida, tous les plus grands artistes ont travaillé avec elle.
La nouvelle de sa disparition a suscité une vive émotion dans le monde de la musique. Sur le compte Instagram officiel d’Hugues Aufray, un message a annoncé que le chanteur venait d’apprendre son décès “avec beaucoup d’émotions”. La publication rappelle que Vline Buggy était une “célèbre parolière à succès” et qu’elle avait coécrit de nombreux textes avec lui, dont la chanson accompagnant cet hommage. “Toutes nos amitiés vont à ses proches ! Affectueusement !”, peut-on également lire. Un hommage qui témoigne de la place particulière qu’occupait cette auteure dans le parcours du chanteur. Ensemble, ils avaient travaillé sur Céline, interprétée par Hugues Aufray, mais aussi sur Le Pénitencier, devenu l’un des titres emblématiques de Johnny Hallyday.
Le Moulin de Dannemois, ancienne propriété de Claude François, a également tenu à saluer sa mémoire. Dans un long message publié sur Instagram, son équipe évoque une disparition qui touche directement l’histoire de la chanson française. “La chanson française perd l’une de ses grandes plumes”, écrit-elle, avant de rappeler combien ses textes ont marqué plusieurs générations. Car Vline Buggy n’était pas seulement une collaboratrice parmi d’autres dans la carrière de Claude François. Elle avait participé à ses tout premiers succès et accompagné son ascension. Le Moulin de Dannemois souligne ainsi qu’elle avait connu le chanteur avant qu’il ne devienne une légende, et qu’elle décrivait leur relation comme “fraternelle, très forte”. Cette histoire commune avait commencé en 1962, autour d’une chanson qui allait tout changer.
À l’époque, Claude François était encore un jeune artiste en quête de succès. Vline Buggy travaillait à l’adaptation de titres américains lorsqu’elle s’était penchée sur Made to Love, des Everly Brothers. Le texte qu’elle avait imaginé avait attiré l’attention du chanteur, mais celui-ci souhaitait modifier le refrain. Claude François trouvait que les mots "Rien, rien, rien que notre amour" ne sonnaient pas suffisamment bien. Tous deux avaient alors retravaillé la chanson. Le refrain évoquant le son des cloches, le jeune interprète avait proposé de jouer sur le mot anglais bell pour lui donner un nouveau titre : Belles, belles, belles. Le résultat allait bouleverser leur parcours.
La chanson est devenue le premier immense succès de Claude François, lançant sa carrière et ouvrant la voie à une longue collaboration avec Vline Buggy. Leur travail commun s’est poursuivi jusqu’au dernier disque du chanteur. Bien avant de devenir une signature recherchée, Vline Buggy avait grandi dans une famille où l’écriture de chansons occupait déjà une place essentielle. Son père, Géo Koger, était lui-même un parolier réputé, particulièrement actif des années 1930 aux années 1950. Il avait notamment écrit J’ai deux amours pour Joséphine Baker, Je n’suis pas bien portant pour Gaston Ouvrard, Prosper pour Maurice Chevalier ou encore La Java bleue pour Fréhel. C’est donc dans cet univers que Liliane et sa sœur aînée Évelyne avaient commencé à écrire.
À l’origine, Vline Buggy était d’ailleurs un pseudonyme partagé : Vline désignait Évelyne, tandis que Buggy correspondait à Liliane. Ensemble, les deux sœurs avaient signé plusieurs chansons pour Les Chats Sauvages au début des années 1960, notamment C’est pas sérieux. Mais leur aventure commune avait été brutalement interrompue. Évelyne était tombée malade avant de mourir en avril 1962. Pour poursuivre leur travail et traverser son deuil, Liliane avait décidé de conserver leur nom de plume. La rencontre avec Claude François lui avait ensuite permis de s’imposer dans le métier. Au fil des années, les collaborations s’étaient multipliées. Outre Johnny Hallyday et Hugues Aufray, elle avait écrit ou adapté des chansons pour France Gall, Dalida, Michel Sardou, Juliette Gréco, Dick Rivers ou encore Herbert Léonard. Cette carrière avait été officiellement saluée lorsqu’elle avait été nommée chevalière de l’ordre des Arts et des Lettres, le 25 septembre 2017.