Les images ont fait le tour de la toile. Début décembre, Dmytro Sviatnenko, un journaliste ukrainien, filme une jeune femme blonde à la sortie d'une galerie parisienne et la questionne : "Il y a trois semaines, ton père a tué mon frère. Dis quelque chose au moins, tu soutiens sa politique ?", demande-t-il, sans passer par quatre chemins, ni obtenir de réponse de son interlocutrice, étant persuadé qu'il s'adresse à la fille illégitime de Vladimir Poutine. Sans rien affirmer ni réfuter au sujet de sa parenté supposée, celle qui est visiblement mal à l'aise répond qu'elle ne peut ni "aider" ni "répondre aux questions" du journaliste, avant de s'échapper dans la nuit parisienne. Notre confrère ukrainien en est persuadé, il tient le scoop de sa carrière : "Elle ressemble à Poutine, elle ne dit pas : Je ne suis pas la fille de Poutine… C’est sûr à 99 % qu’elle est sa fille", jure au Parisien celui qui s'est empressé de diffuser ses images en ligne, et sera également cité au 20H ukrainien.
Très rapidement, ces quelques secondes dévoilant les traits de cette présumée fille illégitime d'un des hommes les plus riches du monde, redonnent vie à l'une des plus folles rumeurs russes. Officiellement, Poutine n'a que deux filles : Katerina Tikhonova et Maria Vorontsova, mais on lui prête beaucoup d'enfants illégitimes. Toute sa vie, Elizaveta Krivonogikh a été, comme beaucoup d'autres, la cible d'une légende concernant son père biologique : elle serait née de la liaison entre Svetlana Krivonogikh, une femme de ménage devenue en quelques années l'une des femmes les plus riches de Russie, qui aurait croisé la route de Vladimir Poutine en travaillant dans la même mairie que lui dans les années 1990. "Les journalistes évoquent une probable liaison entre les deux, prouvant que le président russe, alors marié, avait voyagé à au moins une reprise sur le même vol que Svetlana au début des années 2000", expliquent les journalistes du Parisien, qui ont consacré une longue enquête ce vendredi 28 décembre sur le sujet.
Depuis, les rumeurs persistent, et Elizaveta Krivonogikh, qui grandit sans père, doit aussi assumer de vivre dans l'ombre d'un personnage particulièrement clivant de l'histoire contemporaine. Malgré tout, elle tente de vivre bon an, mal an, sans plus d'explication sur son identité : elle partage son train de vie luxueux sur son compte Instagram, fréquentant les coins branchés de Moscou, Paris, ou encore Monaco. Mais en 2022, lorsque la Russie déclare la guerre à l'Ukraine, la jeune femme quitte les réseaux sociaux, la pression devenant trop lourde. Depuis, elle vit plus ou moins cachée à Paris : fini les mondanités, la femme qui ressemble trait pour trait au successeur de Boris Eltsine dit bonjour à la vie d'étudiante lambda. Elle intègre l'Icart en 2020, une école de management de la culture et du marché de l’art située dans le VIIIe arrondissement de Paris, dont elle ressort diplômée quatre année plus tard. Là aussi, les rumeurs sur son identité persistent : "Tout le monde, à l’Icart, a entendu parler de cette histoire", a confié une ancienne étudiante au quotidien francilien.
Depuis, elle travaille sous contrat d'alternance à la L-galerie, un lieu culturel appartenant à L-asso, un projet artistique créé par Dimitri Dolinski et Sacha Vichnevski. Ici, elle s'et faite embaucher sous le nom d'Elizaveta Rudnova, "mais elle se fait appeler 'Liza' par tout le staff et les artistes qui collaborent avec l’association." Les deux fondateurs de l'association ont accepté de s'entretenir avec le Parisien et donnent quelques détails sur leur jeune employée, dont ils jurent ne pas connaître le lien avec Vladimir Poutine : "Quand on l’a recrutée, on n’avait pas la moindre idée de qui elle était…", assure Sacha Vichnevski, avant d'expliquer comment la jeune femme s'adapte à cette médiatisation subie : "Elle adapte un petit peu sa façon de vivre. Elle évite les événements publics et de venir à la galerie pendant les périodes (où il y a beaucoup de journalistes). Je trouve qu’elle est assez courageuse parce qu’elle n’a pas voulu démissionner ou arrêter, alors qu’il est écrit dans tous les médias qu’elle travaille ici. Elle veut tout simplement vivre sa vie." Le mystère reste entier.
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