Ces dernières semaines, plusieurs grandes tables françaises connaissent d’importants changements. Aux Baux-de-Provence, L’Oustau de Baumanière, où officie le chef triplement étoilé et juré de Top Chef Glenn Viel, change de mains pour la première fois de son histoire familiale : le groupe Gardinier doit reprendre l’établissement en juin 2027, tandis que le chef et son équipe devraient rester en place. Du côté d’Anne-Sophie Pic, une page va également se tourner à Lausanne, où son restaurant du Beau-Rivage Palace fermera après 17 ans le 31 décembre 2026, tandis que la cheffe vient d’ouvrir une nouvelle adresse parisienne à la Fondation Cartier. Et dans les Pyrénées-Orientales, c’est une table beaucoup plus jeune qui vient, elle aussi, de connaître un dénouement inattendu. A Elne, près de Perpignan, le restaurant Idea a fermé ses portes, malgré une fréquentation particulièrement importante ces derniers mois.
Installé dans le centre-ville d’Elne depuis l’été 2022, Idea avait rapidement trouvé sa place auprès des amateurs de gastronomie du secteur. A la tête de l’établissement, Kévin Benamirouche travaillait seul en salle comme en cuisine, avec une proposition volontairement accessible. Son menu dégustation, composé de six à huit plats, était notamment proposé à 49 euros, avant le lancement plus récent d’un menu découverte à 29 euros. L’adresse avait également séduit les professionnels. Idea avait intégré le guide Gault & Millau avec une première toque, tandis que les clients lui attribuaient une note particulièrement élevée sur Google. Une reconnaissance qui rend la fermeture d’autant plus surprenante.
Un succès fou, mais le 25 septembre 2026, Kévin Benamirouche a décidé de mettre un terme à son aventure. Contacté par Actu Perpignan, il a résumé sa décision en quelques mots : "Stop, on arrête tout." Puis le chef s’est confié sur l’épuisement accumulé au fil des années : "J’aurais même dû arrêter avant. Je me suis battu durant des années, mais on est animé par la passion quand on est chef cuisinier, on ne peut pas lâcher notre restaurant." Derrière cette fermeture, il évoque notamment des problèmes liés à l’immeuble dans lequel était installé son établissement. "C’est un trop-plein. Les emmerdes ne se sont jamais arrêtées", explique-t-il, avant de détailler les difficultés rencontrées avec son propriétaire : "Ce propriétaire m'a fait de tout. Son immeuble est pourri. J'ai dû faire venir quinze fois le dératiseur, ça m'a coûté une fortune. On a aussi des excréments qui remontent par les canalisations des toilettes... J'ai lancé plein de procédures et des signalements. L'ARS (Agence Régionale de Santé) est même intervenue. J'ai mandaté des avocats, des courriers ont été adressés..." Une situation qu’il dit avoir supportée pendant plusieurs années, malgré les difficultés. "Ça ne s’est jamais arrêté, mais j’ai serré les dents. Parce que j’aime mon métier, parce que je n’avais pas le choix. Il fallait que je travaille", ajoute-t-il.
La fermeture intervient alors que Kévin Benamirouche cherchait pourtant une solution pour continuer son activité. Son bail devait arriver à son terme au printemps 2027 et le chef avait tenté de préparer la suite à Elne, avec notamment un projet dans l’ancienne mairie de la commune. Mais les discussions avec la nouvelle municipalité n’ont finalement pas abouti. Le chef a donc préféré arrêter avant l’échéance de son bail. Une décision d’autant plus difficile à prendre qu’il assure avoir connu une période très favorable sur le plan professionnel : "Je n’ai jamais autant travaillé que cet été, et j’avais encore monté d’un cran la qualité de mes menus durant ces derniers mois. J’étais en plein boom professionnel. Et c’est ça qui dégoûte…"
Malgré la fermeture d’Idea, le chef ne semble pas vouloir tourner définitivement le dos aux fourneaux. "Je veux rebondir", affirme-t-il. Il entend désormais prendre un peu de temps avant de rechercher une nouvelle adresse et lance même un appel aux établissements susceptibles de l’accueillir. "Je vais prendre du temps pour moi, pour retrouver un restaurant. J’ai quelques mois devant moi, je cherche un nouveau projet, un nouveau lieu pour m’accueillir et repartir sur des bases saines", confie-t-il. Et le chef ne cache pas son envie de poursuivre : "Il y a des domaines dans les Pyrénées-Orientales qui voudraient peut-être travailler avec un chef. Je regarde partout. J’adore mon métier et j’ai envie d’être en cuisine. Je veux faire les choses bien, mais je veux revenir." Une fermeture brutale, donc, mais pas nécessairement la fin de son histoire derrière les fourneaux.