Elle a fait danser des générations entières, fréquenté les plus grandes célébrités et régné sur les nuits parisiennes pendant plusieurs décennies. Pourtant, derrière les paillettes et les soirées mondaines, les dernières années de Régine ont été bien éloignées du faste de ces grandes années. Décédée le 1er mai 2022 à l’âge de 92 ans, celle que l’on surnommait la reine de la nuit a terminé sa vie dans une situation financière particulièrement délicate. Une réalité sur laquelle sa petite-fille, Daphné Rotcajg, a décidé de lever le voile.
Dans son livre À tout de suite, publié aux éditions Grasset, la jeune femme revient sur sa relation mouvementée avec sa célèbre grand-mère. Un récit intime, sans concession. Car si Régine a longtemps cultivé son image de femme flamboyante, toujours entourée et sûre d’elle, son quotidien était devenu beaucoup plus compliqué à mesure qu’elle vieillissait. “Elle était ruinée depuis les années 1990. Tout avait été vendu de son vivant. Ses anciens bienfaiteurs payaient sa maison de retraite”, confie Daphné Rotcajg dans un portrait consacré à son ouvrage dans Paris Match. Une révélation surprenante au vu de l’image qu’avait celle qui a longtemps évolué dans les établissements les plus prestigieux, au milieu des fortunes et des personnalités les plus influentes de son époque.
Il faut dire que Régine avait construit une véritable légende autour de son nom. À la tête de clubs devenus incontournables, elle avait côtoyé les artistes, les acteurs et les personnalités du monde entier. Sa vie était faite de rencontres extraordinaires, de fêtes interminables et d’un luxe parfois démesuré. Daphné Rotcajg se souvient d’une grand-mère qui collectionnait les chaussures Chanel et les pulls Zadig & Voltaire, mais qui avait aussi pour habitude de remplir son réfrigérateur de champagne. Ce goût pour la démesure s’accompagnait d’un tempérament particulièrement affirmé. La petite-fille décrit une femme capable d’une grande générosité, mais aussi de colères impressionnantes. Mais derrière cette énergie débordante, la chanteuse et femme d’affaires avait également connu des épreuves personnelles et familiales. Des blessures que sa petite-fille évoque aujourd’hui avec une franchise étonnante.
C’est donc loin de ses années de gloire que Régine a vécu la fin de son existence. Alors qu’elle avait autrefois possédé des établissements prestigieux, la chanteuse ne disposait plus des moyens financiers nécessaires pour assurer seule son hébergement. Selon les confidences de Daphné Rotcajg, elle avait perdu sa fortune bien avant ses dernières années, au point de devoir compter sur l’aide de personnes qui l’avaient soutenue par le passé. Régine a passé les derniers mois de sa vie dans un Ehpad, la Maison des artistes. Un établissement installée dans un château du XVIIIe siècle dont les prestations démarrent à 3 800 euros par mois selon le site du gouvernement. Son quotidien n’avait évidemment plus grand-chose à voir avec les soirées luxueuses qu’elle avait autrefois organisées. Une période qui a été marquée par une dégradation de son état de santé.
Daphné Rotcajg raconte avoir découvert, lors d’une visite, que sa grand-mère avait perdu une grande partie de son autonomie. Elle évoque un moment particulièrement difficile, lorsqu’elle a constaté qu’un lit de camp avait été installé dans le dressing de Régine pour qu’elle puisse y dormir. À son réveil, cette dernière s’était montrée désorientée et avait eu du mal à reconnaître sa petite-fille. Mais même dans cet environnement, Régine conservait une partie de son caractère bien trempé. Sa petite-fille raconte ainsi qu’elle pouvait se montrer particulièrement exigeante avec le personnel soignant, fidèle à cette personnalité qui avait toujours voulu garder le contrôle de son existence.
La petite-fille ne cherche d’ailleurs pas à embellir les souvenirs. Elle décrit une femme persuadée de son importance dans le monde du spectacle. “Régine s’arrangeait toujours avec la vérité, pas pour le plaisir de mentir, mais pour embellir la réalité”, explique-t-elle. Selon elle, sa grand-mère était d’ailleurs convaincue d’avoir joué un rôle déterminant dans la carrière de nombreuses personnalités. “Elle se vivait comme une icône, comme la personne la plus importante de cette planète. Elle était persuadée d’avoir propulsé la carrière de tout le monde. Même celle de Tom Cruise, par exemple, alors qu’elle ne l’avait pourtant jamais rencontré”. Une façon de montrer à quel point sa grand-mère avait fini par se confondre avec le personnage extraordinaire qu’elle avait construit au fil des décennies.