Juillet 2019. À l’occasion d’une rencontre avec les journalistes de Notre Temps, Jacques Weber évoquait son rapport avec le fait de vieillir. Une fatalité pour tout acteur dont le corps reste l’un des outils de travail principaux. Alors plutôt à l’aise avec ses rides, l’acteur déclarait s’être senti vieillir : "Quand j’ai réussi à prendre le temps de regarder un sous-bois, des fleurs, des gens à la terrasse d’un café. J’aime le mot vieillir même s’il me fait de plus en plus peur. Il me réjouit dans cette faculté que j’ai désormais de me taire, de ne pas comprendre. Vieillir, c’est aussi s’absenter de la vanité, du miroir sur soi." Un travail que bon nombre de ses collègues ont bien du mal à réaliser, courant après une certaine forme de la jeunesse éternelle.
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En 2019, Jacques Weber passait tout juste le cap des soixante-dix ans (il en a 76 ce samedi 23 août 2025). Du haut de ses cinquante ans de carrière, l’inoubliable interprète de Cyrano de Bergerac, actuellement en lutte contre un cancer, déclarait également : "Quand on me parle de carrière, je tombe des nues. Je n’ai pas la sensation d’exceptionnel. Ce qui est beau, c’est que j’ai traversé le temps avec ce métier. Et que j’ai fini par devenir un bon artisan. Je suis en pâmoison non seulement devant Depardieu ou Adjani, mais aussi devant de grands acteurs inconnus du public. C’est ça aussi vieillir, passer plus de temps à aimer, admirer, qu’à haïr."
Loin d’avoir tout vu, tout testé sur scène, Jacques Weber se montrait plein d’ambitions artistiques sur les années à venir. Loin d’être rassasié, ce grand fan de Sylvie Vartan déclarait vouloir se frotter au roi Lear de Shakespeare et Tchekhov. "Il n’y a rien de plus beau qu’un acteur vieux, renchérissait le comédien. Le rien devient tout. Ce n’est plus jouer, c’est être. C’est une sorte de radicalité qui s’exerce dans un rapport simple au monde."
Une décontraction artistique qui n’évite pas certaines contraintes liées à l’âge comme travailler et retenir son texte. "Bien sûr, la mémoire, en vieillissant, devient plus difficile, ajoutait Jacques Weber. Si elle devait me jouer des tours inquiétants, je n’hésiterais pas à recourir à une oreillette. D’autres comédiens le font. Tout cela n’est pas grave. Je voudrais aussi trouver d’autres manières de jouer, peut-être dans des lieux comme des bistrots."
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Ces "bistrots" qui, à un moment de sa carrière, l’aidaient de la pire des façons à trouver la motivation pour jouer. L’addiction à l’alcool, Jacques Weber l’a aussi bien connue que certaines tirades du répertoire classique, qu’il peut encore réciter aujourd’hui, en un claquement de doigts. C’est sur le plateau d’En Aparté, en avril dernier, qu’il évoquait cette sombre période. Interrogé sur ses débuts sous les ordres de François Florent (papa du célèbre Cours Florent), l'acteur qui a connu des violences paternelles se souvenait d’une représentation plus particulièrement, dont il était ressorti tout sauf fier face aux yeux de son maître. "J'étais mauvais, se souvenait-il. Non seulement j'étais mauvais, mais j'étais aussi un peu alcoolique, donc je jouais un peu bourré."
Le retour de bâton ne se faisait pas attendre. Le lendemain de cette représentation sous alcool, François Florent faisait parvenir un courrier à son élève. "Jamais, je ne me suis fait autant engueuler, soulignait le comédien encore gêné par la situation aujourd’hui. Réveille-toi, je te préférais avec tes vanités, tes erreurs de jeune homme que de voir cette espèce de boursouflure alcoolisée, pouvait-on lire dans le fameux courrier." "C'était très violent, mais lui seul pouvait me parler comme ça parce que je pense qu'il y avait entre nous une considérable amitié et un considérable respect, ajoutait Jacques Weber. Lui et ma femme m'ont remis en ligne face à un problème que je confesse : l'alcoolisme."
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Pendant des années, la bouteille suivra Jacques Weber qui tentait de s’expliquer son addiction sur le plateau confessionnel de Canal+. "C’est vrai qu’à une époque j’ai bu beaucoup, avouait l’artiste, le regard dans le vide. Je ne bois plus. Mais c’est vrai que pour plein de raisons, assez compliquées, assez enchevêtrées, je m’étais mis à boire beaucoup avant de jouer, parce que j’avais très peur."
Des peurs qui se sont estompées avec le temps, le succès et (surtout) l’abandon de son addiction. Aujourd’hui, Jacques Weber veut croquer sa vie d’artiste à pleines dents. "Je me dis merde, j’ai beaucoup de désir de jouer mais je n’ai plus beaucoup de temps, déclarait le fier papa de Stanley il y a peu dans les colonnes de Ouest-France. J’ai une conscience plus aiguë que la vie est belle." Et ce genre de constat, libéré de toute addiction, ça n’a pas de prix…
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