“Mais j'entends siffler le train, mais j'entends siffler le train, que c'est triste un train qui siffle dans le soir…” La chanson a beau avoir plus de 60 ans, elle est restée dans les mémoires, comme nombre de ces tubes que les sixties et les années yéyé nous ont donnés. Son interprète, le chanteur Richard Anthony, a tiré sa révérence il y a plus de dix ans mais l’héritage de celui qui avait vu le jour le 13 janvier 1938 au Caire reste intact. Héritage artistique, bien sûr, avec ce célèbre morceau, mais aussi héritage familial…
Une grande famille, c’est un euphémisme puisque ce patriarche “oriental”, ainsi que le qualifiait dans Le Parisien Cédric, l’un de ses fils, au lendemain de sa mort, a eu quatre femmes différentes qui lui ont donné onze enfants. Si aucun d’eux n’a pris la relève en chanson, deux d’entre eux ont connu leur moment de gloire : Xavier, qui en 2004 avait participé à l’émission Queer, cinq experts dans le vent diffusée sur TF1 avant de changer totalement de vie, et, trois ans plus tôt, Alexandre, qui avait fait irruption dans la sphère publique à la faveur d’une histoire d’amour tumultueuse…
En 2001, Alexandre Anthony rencontre Sarah Marshall. Elle aussi est issue d’une lignée d’artistes. Sa grand-mère, Michèle Morgan, est une immense comédienne, restée notamment dans l’histoire du septième art pour la réplique que lui susurrait Jean Gabin dans Quai des Brumes, en 1938 : “t’as de beaux yeux, tu sais ?” Des yeux dont a hérité Sarah… et qui ont fait chavirer le beau brun Alexandre…
Au début des années 2000, Sarah, mannequin pour Jean-Claude Jitrois, et son compagnon sont de tous les événements people. Montées des marches à Cannes, séances de photos câlines dans un chalet de Gstaad, défilés de mode, avant-premières, anniversaires mondains comme celui de Paul-Loup Sulitzer : le couple est partout. Un an après leur rencontre, le 24 juin 2002, un enfant, baptisé Zoltan, naît de leur amour, qui se concrétise aussi par un mariage, en février 2003. L’union est marquée par deux absences notables : les pères des mariés. Dans Les amants du destin, titre du livre qu’ils sortent en 2004, ils expliquent ces défections paternelles : Alexandre et Sarah ont été élevés par leurs mères. Ils reviennent aussi dans l’ouvrage sur leurs nombreuses frasques…
En novembre 2003, les amants terribles, prisonniers d’un cycle infernal oscillant entre drogue et violence, se voient retirer la garde de leur petit Zoltan. “la vie instable” du couple “met psychologiquement l'enfant en danger”, estime la justice. Le bébé n’a que 18 mois. D’abord confié à Sabine, la mère d’Alexandre, il est finalement placé par ses parents à la DDASS, promesse, dira en janvier 2004 son père, ironique, sur le plateau de On ne peut pas plaire à tout le monde, d’une vie “au moins aussi dissolue” que la leur…
“On fume des pétards et on sait ce qu'est la coke, en plus de la dépression post-natale et des tragédies incessantes que nous ont fait traverser nos familles depuis qu'on est tout petits, j'ai failli péter les plombs quand mon amour de bébé était tout petit”, avait confié la maman de Sarah à VSD. Si, au bout de quelques mois, les amants récupèrent leur enfant, le couple finit par se disloquer en 2005 et, au terme d’une bataille dans les tribunaux, Sarah obtient la garde de Zoltan…
Un an plus tard, devant la 16e chambre du tribunal correctionnel de Paris, qui le juge pour une affaire de trafic de cocaïne, Alexandre Anthony fait son mea culpa : “à l'époque, j'achetais ma cocaïne et, lorsque j'arrivais dans une soirée où il y avait une trentaine de personnes, j'en faisais parfois profiter tout le monde, lâche-t-il à la barre. Cet engrenage m'a fait perdre mon travail et a cassé mon mariage avec Sarah Marshall. La cocaïne a brisé ma vie.”
C’était il y a vingt ans. Entre-temps, Sarah a pris la parole pour expliquer qu’elle élevait seule leur fils. “Zoltan et moi sommes désormais heureux ensemble, confiait-elle à Gala en 2015. Nous vivons rien que tous les deux dans un appartement, épaulés par Mamie Sabine (NDLR la maman d’Alexandre…). Elle a toujours été présente pour lui lorsque je m’absentais pour des motifs professionnels. Elle l’aide pour ses devoirs, ils dialoguent. C’est formidable.”
Dans la nuit du 29 au 30 juillet dernier, “Mamie Sabine” a rendu son dernier soupir. Le 31, son fils Alexandre écrivait ces mots déchirants sur Facebook : “ma maman est morte hier (...) je ne garde que le meilleur de tous les moments de notre vie de famille, vie qui n'a pas toujours été facile. Je n'ai pas de mots pour décrire ce que je ressens, j'ai aimé ma maman toute ma vie, et je l'aimerais toujours, elle sera toujours présente en moi, telle une partition que je ne finirai jamais…”
Facebook, c’est là qu’Alexandre Anthony, qui avait retrouvé l'amour après Sarah, étale de temps à autres ses états d’âme, évoque ses souvenirs, notamment ceux qu’il a de son père, dont il ne cesse de louer le génie. “je regarde cette vidéo en pleurant car je n’aurai jamais un dixième de son talent”, écrit-il en février dernier en commentaire d’images d’archives montrant Richard Anthony interpréter l’une de ses chansons.
Quelques semaines plus tard, l’ancien bad boy inquiète ses fans en postant un message indiquant qu’il va bientôt rejoindre son père. Des mots forts, comme nombre de ceux qu’il laisse sur cette page, souvent teintés d’amertume. “quand j’avais encore une vie …”, note-t-il ainsi en légende du clip de la chanson By my side, qu’il avait sortie en 2015.
“On fait tous des erreurs dans la vie ; le principal n’est pas de les réparer, mais de les accepter… car on ne revient jamais en arrière…”, glisse-t-il à ses followers le 8 février 2025. Comme une injonction pour lui-même, un mantra pour se persuader qu’il faut continuer d’avancer. Pas facile quand les erreurs de la jeunesse ont eu tant d’incidence sur la vie d’adulte. C’est ainsi que le 2 juin 2025, Alexandre a posté une photo le montrant jeune papa, son fils Zoltan dans ses bras. “mon petit garçon et moi…. dans une autre vie, photo prise par sa maman ….”, pouvait-on lire en légende. Or, trois semaines plus tard, le fils de Richard Anthony repostait la même image, l’accompagnant cette fois de ces mots, empreints de lourds regrets : “si seulement je pouvais revenir à ce jour… je donnerais tout le restant de ma vie.”
La vie a filé. Zoltan est aujourd’hui un jeune homme de 23 ans. Lui aussi s’exprime sur Facebook où il publie de nombreuses photos de lui. Sur l’une des dernières, datant de novembre dernier, il apparaît derrière une petite moustache, le crâne rasé et tatoué, tout comme le sont son visage et son corps. En remontant le fil de ses publications, on tombe sur un autre cliché, daté de mai 2019. Zoltan apparaît aux côtés d’Alexandre. Leurs visages sont fermés. Leurs cheveux rasés. Ils portent tous deux une veste en cuir et un pantalon treillis. À leur cou pendent une chaîne et une médaille. Alexandre passe son bras autour du cou de Zoltan. Tel père, tel fils. Si loin et pourtant si proches.
player2