“Pour tout vous dire, je viens de rompre avec un amoureux. On n’arrivait pas à se voir, j’avais d’autres priorités...” En mai dernier, Clémentine Célarié, qui fête ses 68 ans ce 12 octobre, révélait à Gala qu’elle retournait à la case célibat. Une décision prise quelques semaines seulement après que l’actrice avait évoqué l’idée de se marier avec cet “amoureux” dans les colonnes de Télépro. “Il faut que j’aie plus de temps et que je m’organise !”, avait-elle lancé. Visiblement, le temps ou l’organisation lui auront manqué...
Comme ceux qui ont précédé ces derniers temps cet amant beaucoup plus jeune qu’elle, on ne connaissait pas son identité. Il en était de même pour le scénographe qui avait partagé sa vie au début des années 2010 et qui avait mis fin à ses jours en 2012. Un drame sur lequel elle revenait six mois plus tard dans l’émission 7 à 8 : “Aujourd’hui encore, je ne réalise pas ce qu’il s’est passé. Je ne peux pas croire que ça s’est passé. […] Je ne comprends pas et je ne l’accepte pas. Petit à petit, je vais aller vers la compassion pour cet homme que j’ai aimé. Pour l’instant, je suis en colère car quand quelqu’un se donne la mort, je pense qu’il donne la mort à tous ceux qui l’aiment.”
Comble de l’horreur, c’est l’un des fils de Clémentine Célarié, né d’une autre union, qui avait effectué la macabre découverte. Un enfant devenu aujourd’hui un jeune homme, comme ses deux frères… Trois garçons, qui ont visiblement hérité du talent de leurs parents...
Il suffit pour s’en convaincre de regarder une vieille vidéo publiée en 2011 sur la webTV du Festival Off d’Avignon. On y voit la comédienne, accompagnée de deux de ses fils. L’aîné, Abraham, et le benjamin, Balthazar. Ils étaient tous trois interviewés afin de présenter Groo2ve, une création familiale, à la fois performance musicale et artistique, mêlant aussi bien le jazz, le hip-hop, le funk ou le beat-box, des reprises ou des productions inédites. Un foisonnement créatif auquel participait aussi Gustave, le cadet de la fratrie, excellent guitariste, absent du plateau ce jour-là. Ce projet faisait suite à celui, similaire, que cette famille d’artistes et d’enfants précoces avait présenté quatre ans plus tôt et qui s’appelait Groove.
“On a fait un spectacle avec toutes les énergies qu’on a envie d’échanger, de partager. Nous on s’en fout que ce soit du théâtre, de la musique, ou de la danse. On a tout mélangé parce qu’on aime exprimer le maximum d’énergie avec le maximum de moyens. (...) C’est un besoin, la musique, chez nous”, poursuivait Clémentine dont le cadet, Baltha, ainsi qu’elle le surnomme, venait tout juste, cet été-là, de passer le bac... La fin d’une épreuve pour cette maman qui confiait, soulagée : “Avant il y avait l’école, maintenant c’est fini. On est débarrassé. L’Éducation nationale devrait être plus proche des jeunes gens. On y souffre d’un manque de passion. Enfin moi, j’en ai souffert avec mes enfants parce que c’est la passion qui entraîne le travail.”
Abraham, l’aîné, né en 1984 des amours de sa mère avec le bassiste franco-malien-guinéen Henri Diallo, poursuivait les explications de sa mère quant à ce projet très original : “Il y a des chansons de maman, des reprises de Baltha, des chansons que j’ai composées.” Le jeune homme revenait ensuite sur son parcours déjà riche : “Je compose pour des artistes et des danseurs hip-hop. Je fais des scènes, des morceaux, des festivals, j’écris, je fais plein de choses.”
Comme une illustration, la séquence s’était conclue par une démonstration en musique : une reprise moderne de Carmen avec Clémentine Célarié, délivrant avec une justesse étonnante la partition de Bizet, accompagnée par ses deux enfants, l’un fredonnant une jolie deuxième voix, l’autre posant sur ce classique un texte rappé ou beat-boxant. Beau moment d’harmonie mère-fils.
Près de quinze ans ont passé depuis cet épisode, et les talents artistiques de ces séduisants jeunes hommes n’ont fait que se confirmer.
Abraham Diallo, sous son nom ou celui de "Tismé", pseudo qu’il s’est choisi probablement en référence au métissage qu’il incarne, a poursuivi le champ de ses explorations musicales et fait montre aujourd’hui d’un éclectisme hors norme. C’est visiblement celui des trois qui porte le plus grand nombre de casquettes.
Après ces expériences avec sa mère et ses frères, le jeune homme s’est tourné vers le hip-hop et a composé pour des compagnies de danse reconnues comme Kilaï, Black Sheep ou BurnOut. Installé dans le Nord, il fonde en 2011 le groupe UNNO avec Awir Leon et J.Kid. Lauréat du FAIR, dispositif de soutien au démarrage de carrières et de professionnalisation en musiques actuelles, le trio se produit sur les plus grandes scènes, celle du Printemps de Bourges, ou sur des plateaux plus intimes, comme celui de l’émission Taratata, avant de sortir en 2017 l’album AMAAI chez Nowadays Records.
Tismé multiplie ensuite les collaborations : il compose pour la circassienne Aloïse Sauvage, se lance dans le rap avec Caramel & Chocolat et devient DJ pour la compagnie Art-Track, organisatrice des Hip-Hop Games. En 2017, il cofonde la Hip-Hop Games School, un programme de formation musicale et chorégraphique déployé en France et à l’étranger. Artiste complet, il explore aussi la danse, notamment avec Marie Marcon et le projet Âge, avec lequel ils tournent dans les Ehpad, mais aussi l’écriture avec Les Minuscules Visites, livre poétique qu’il sort en 2022, illustré par sa compagne Florence de Serres. Un artiste complet, qui a même joué les mannequin en défilant en jupe pour Gaultier...
Deuxième fils de Clémentine Célarié, Gustave Reichert a lui aussi trouvé sa voie dans la musique. Guitariste discret mais à l’immense talent, il puise son inspiration tant dans le jazz de John Coltrane que dans l’énergie plus brute du rock. Après avoir suivi le conservatoire de Bordeaux, il s’est formé à Londres, puis au Centre des Musiques Didier Lockwood, violoniste qui l’a même invité à l’accompagner sur scène. Compositeur inspiré, il a publié en 2018 son premier album, Take Off, sur le label Jazz Family, puis Mars, l’an dernier, un disque aux sonorités aériennes qu’il illumine par sa finesse et sa dextérité. “Un immense musicien”, résumait sa mère à Télé-Loisirs en février 2023.
Balthazar, le petit dernier, qui avait illustré la pochette de l’album Groo2ve, a poursuivi dans la voie du graphisme et de l’image. Après avoir décroché un baccalauréat littéraire, puis pratiqué la boxe de haut niveau, avec notamment un séjour d’entraînement dans le nord de la Chine, il s’est tourné vers l’art, découvrant, en autodidacte, la peinture à l’huile. C’est sous le pseudo d’Hermann Batz qu’on pouvait admirer ses toiles à Paris et à Saint-Ouen, lors des expositions Werther et Coq’Art. Mais en parallèle, Balthazar a hérité de sa mère le goût pour le cinéma.
Il a écrit et réalisé plusieurs films autoproduits, dont le court-métrage Cacofolie et le long Mères, dans lequel joue sa mère aux côtés d’Élodie Godart et Serge Riaboukine. En 2021, il a travaillé comme cadreur sur Pierre et Jeanne, adaptation de Maupassant mise en scène par Clémentine Célarié, sélectionnée au Festival du Film Francophone d’Angoulême. Plus récemment, il a signé le court-métrage Rouge, produit par Les Productions Splendens, et assuré la scénographie et la lumière du seule-en-scène Je suis la maman du bourreau, adapté de David Lelait-Hélo et porté par sa mère, présenté à Avignon en 2023 puis au Théâtre de la Pépinière en 2024. Un jeune homme lui aussi très talentueux, qui partage sans doute avec son frère Gustave la même filiation artistique : celle de leur père, le réalisateur belge Christophe Reichert, à qui il doit probablement son goût du travail de l’image.
“Depuis un moment, ce sont surtout eux qui m’élèvent !”, avait remarqué Clémentine Célarié lors de son interview à Télé-Loisirs, ajoutant : “Je sollicite leurs conseils en permanence. Mes fils sont mes alliés à la fois humains et artistiques : on est une bande !” Une bande aussi géniale qu’engagée et indubitablement très originale.
player2