Dix mois après la mise à mort spectaculaire d’un cerf sur la terrasse de la mère de Luc Besson, l’affaire est arrivée devant le tribunal d’Argentan. Au cœur du dossier ? Une chasse privée, deux tireurs, une propriété de 160 hectares envahie… et un animal abattu sous les yeux d’une femme de 85 ans. La famille Besson a porté plainte pour intrusion illégale et abattage non autorisé et trois associations de protection animale, dont la SPA, se sont portées partie civile. Dès l’ouverture de l’audience mardi 9 décembre, les vidéos enregistrées par la mère du cinéaste ont été projetées, et face à la violence des images, Luc Besson a quitté la salle pendant la diffusion. La scène avait déjà circulé massivement sur les réseaux sociaux, provoquant l’indignation. Les chasseurs, eux, se sont défendus en racontant un enchaînement imprévisible. "Nous sommes tombés avec mes chiens sur un cerf dans un espace sombre, plein de ronces. L'animal ne se déplaçait pas bien, il boitait", a expliqué l’un d’eux. Les neuf chiens ont poursuivi le cerf jusqu’à la propriété.
Il dit avoir tenté de téléphoner, en vain, car en "zone blanche", puis être entré "en sachant que je n'avais pas le droit, pour récupérer mon troupeau". Son collègue, qui a porté le coup fatal, assume : "C'est un mauvais concours de circonstances. Je regrette que cela se soit produit comme cela. J'ai fait ce qui me semblait être le mieux à l'instant". Selon lui, l’animal était "affaibli", "en train de gémir" et "n'avait aucune chance". Avant l’audience, ils martelaient que "Si ce n'était pas un droit, c'était un devoir" et qu'ils ne sont "pas des voyous". Mais l’inspecteur de l’Office français de la biodiversité a contredit leur version et a assuré que le cerf "n'était pas mortellement atteint" et que l'on "aurait pu agir différemment". Le compagnon de Sarah Saldman, lui, insiste : "Ce cerf vient dormir dans le jardin parce que c’est 'safe' pour lui. Ils ont enfreint les règles de sécurité pour aller massacrer un cerf". Sa mère, qui a tout filmé, a raconté aux enquêteurs : "Ils ont trucidé l’animal devant moi. J'ai eu l'impression que si je n'avais pas hurlé sur eux, ils ne seraient pas partis". Pour le réalisateur, les circonstances sont sans appel puisqu'il enfonce le clou et déclare qu'ils "ont tué l’animal comme des sauvages en rentrant chez une dame de 85 ans sans rien lui demander".
"Elle n’a jamais demandé à ce qu’on l’achève. C’est odieux. C'était presque la fin de la chasse et ils n'avaient pas fait leurs quotas. Comme c'était une date de chasse supplémentaire, on a demandé à des gens qui n'ont pas l'habitude de venir chasser sur ce terrain", a ajouté le réalisateur. Les chasseurs sont poursuivis pour "chasse non autorisée sur le terrain d'autrui" et "chasse à l'aide d'un moyen prohibé". Le procureur Sébastien Chesneau a rappelé que "Cette scène n’aurait jamais dû avoir lieu", que "La sécurité est un point essentiel dans la chasse" et que "Les chasseurs sont entrés illicitement sur la propriété d’autrui". "Il n’y a pas de blessure mortelle après analyse hormis le coup de dague", a-t-il précisé. Lors de l'audience de mardi 9 décembre, amendes, stage de sensibilisation et retrait du permis de chasse avec interdiction de le repasser pendant un an ont été requis.
© BestImage, Zuma Press / Bestimage
La défense du réalisateur n’a demandé qu’un euro symbolique pour Luc Besson et sa mère. Plusieurs associations de défense animale ont rejoint la procédure. Le jugement a été mis en délibéré au 20 janvier à 14h00 et derrière ce procès, une question continue de diviser : s’agissait-il d’un acte nécessaire pour abréger la souffrance d’un animal blessé ? Ou d’un "massacre" inacceptable commis sur une propriété privée, comme l'affirme Luc Besson ? Affaire à suivre…
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