Anne-Sophie Pic est aujourd'hui la cheffe la plus étoilée au monde et l'une des plus grandes figures de la gastronomie française. Récompensée à de nombreuses reprises par le Guide Michelin, elle dirige plusieurs établissements en France et à l'international. Mais avant de devenir la première femme à décrocher trois étoiles Michelin, elle a traversé une épreuve qui a profondément marqué son parcours : la perte de la troisième étoile du restaurant familial, à Valence, en 1995.
Invitée de Franceinfo, la cheffe est revenue sur cette période charnière de sa vie. A la mort de son père, Jacques Pic, son frère reprend les rênes du restaurant familial tandis qu'elle travaille un temps à ses côtés. Une expérience difficile. "Après le décès de mon père, je suis restée une dizaine de mois en cuisine et c'était très difficile pour moi parce qu'il me manquait terriblement. On ne faisait pas trop cas de moi, je gênais plus qu'autre chose, se souvient la cheffe qui peut compter sur le soutien de son mari David Sinapian. Et puis, on m'a dit que je n'avais rien à faire en cuisine - pas mon frère, d'autres personnes. Donc j'en suis partie, j'ai fait un peu de salle et puis j'y suis revenue après la perte de la troisième étoile, parce que là, j'étais atteinte presque dans ma chair. Perdre la troisième étoile, c'était mon père qui repartait, donc ça a été encore plus fort et, là, je n'ai pas lâché." Anne-Sophie Pic tient toutefois à nuancer les tensions qui ont pu exister avec son frère : "Je vais dire des mots gentils sur mon frère, parce qu'il a eu le poids aussi de la transmission, peut-être plus que ce que j'ai eu. Il y a eu des moments de doute pour lui et, aujourd'hui, on est très proches (...). Il est content que j'aie récupéré la troisième étoile et il en a une véritable joie." Pour elle, cette perte est devenue un moteur qui l'a conduite à reprendre pleinement les commandes de la cuisine familiale.
Les efforts de la cheffe finissent par être récompensés en 2007, lorsque le Guide Michelin lui rend la troisième étoile. Un moment qu'elle n'a jamais oublié. "Déjà, toute la rétrospective de ce qui s'est passé pendant les 12 ans qui ont précédé. L'appel, ce fameux lundi, du directeur Michelin qui m'annonce cette troisième étoile, se rappelle Anne-Sophie Pic, qui ferme l'un de ses restaurants historiques. Il y avait une catégorie qui existait, c'était Espoir trois étoiles, que j'avais obtenu deux ans avant (...). Ensuite, surtout ce qui va en découler, parce que je suis la première femme, depuis la Mère Brazier, à obtenir trois étoiles au Guide Michelin. Donc, c'est quelque chose de merveilleux, finalement, pour toutes les femmes." Depuis, Anne-Sophie Pic poursuit une carrière exceptionnelle. Si son restaurant du Beau-Rivage Palace de Lausanne s'apprête à fermer après dix-sept ans de collaboration, la cheffe continue de multiplier les projets. Après une apparition remarquée dans Ici tout commence, elle prépare notamment l'ouverture d'une nouvelle adresse au sein de la Fondation Cartier pour l'art contemporain, à Paris. Une étape pour celle qui a transformé l'une des plus grandes déceptions de sa carrière en une réussite hors norme.
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