A 57 ans, le fils aîné de Claude François s'apprête à prendre le large à bord d'un bateau de croisière, accompagné des Clodettes Prisca et Dani, et de nombreux fans du défunt chanteur français. Pour Purepeople, Claude François Junior, désormais père d'une famille nombreuse, exilé sous le soleil portugais a accepté de se confier sur l'héritage laissé par son père, ses souvenirs d'enfance avec son frère Marc et sa nouvelle vie loin de Paris... ou presque.
Purepeople : En octobre prochain, se tiendra la troisième édition de la Croisière Claude François, vous attendiez-vous à une telle ferveur ?
Claude François Junior : Quand on a lancé le concept, on ne savait pas si ça allait prendre. Ça n’avait jamais été fait ! Lors de la première édition, quand j’ai vu les croisiéristes arriver déguisés à la soirée disco avec lunettes et vestes à paillettes, je me suis dit : "OK, ils sont venus pour se marrer !" On a démarré fort et ça n’est jamais redescendu. L’ambiance est bon enfant sur le bateau, on travaille avec un animateur qui s’occupe de Stars 80 et le coaching avec les vraies Clodettes fait fureur.
Les 400 croisiéristes attendus pourront-ils vous croiser ?
Bien sûr, je suis avec eux durant toute la croisière. Ils ne sont pas tous fans de Claude François mais je m’attache à aller les voir tous les soirs au restaurant. C'est le point de rendez-vous en dehors des animations. Je passe cinq minutes par table, je fais connaissance. Beaucoup économisent pour pouvoir s'offrir cette croisière, alors je fais en sorte qu'ils repartent avec des souvenirs extraordinaires.
Ce n’est pas trop dur à gérer émotionnellement ?
En effet, il n'y a pas de temps mort. On me parle de mon père tout le temps. Alors, au début, ça surprend. C’est intense à gérer. Je me suis rendu compte que ça puisait beaucoup d'énergie. Mais je prends tous ces échanges pour ce que c'est, c'est-à-dire de l'amour. Ça leur tient à cœur et j’ai appris à chérir l'instant présent.
© Instagram, claudefrancoisjr
Votre père s’est éteint un 11 mars. Avez-vous un rituel à cette date ?
Je ne fais rien de particulier. Ce sont plus des petits mots qu'on s'envoie ou des coups de fil en famille. Je sais qu'il y a une attente chez les fans ce jour-là, donc j’écris un message sur les réseaux. Vous savez, ça fait 48 ans et quand je relis les interviews de mon père, lui qui était obsédé par le néant de la mort. Cet après qui l'angoissait… Je pense que, même dans ses rêves les plus fous, il n'aurait pas imaginé survivre à ce point-là dans la mémoire du public.
Quel est votre dernier souvenir avec votre papa ?
On ne m’avait encore jamais posé cette question. Le dernier souvenir que j’ai avec lui est joyeux. Nous étions dans son appartement, ça devait être après Noël, et je me rappelle qu’il nous avait annoncé avec mon frère qu’il voulait nous emmener en Égypte, au mois d'avril pour Pâques. Il tenait à ce voyage en famille dans ce pays où il n'était pas retourné depuis son expulsion. C'est le dernier souvenir que j'ai d’avant son accident. J’avais inscrit ce périple à notre programme et puis, le sort en a décidé autrement.
Maintenant que vous êtes père, que faites-vous comme lui ?
Je suis assez câlin avec mes enfants, parce qu'il l'était avec nous. C’est marrant parce que mon père, c’est une génération où les papas n’étaient pas forcément démonstratifs. Et lui, il était très tactile pour exprimer son affection. En revanche, il ne me disait pas qu'il m'aimait. Il me demandait combien moi je l'aimais ! C'était sa manière à lui de me dire je t'aime.
Il aurait eu 87 ans. Quel grand-père aurait-il été selon vous ?
Mon père était en train de se patiner. Il aspirait à une vie plus tranquille... D’un côté, il a grandi avec l'austérité de l'éducation lyonnaise de son père et de l’autre, il avait par sa mère cette culture italienne tournée vers le partage et les liens du sang. Donc je pense que la famille aurait pris le-dessus. J’imagine qu’il aurait été plus présent pour nous qu'au début de sa carrière.
Votre père est décédé, des projets plein la tête…
Juste avant sa mort, il avait réalisé des enregistrements à Abbey Road, destinés à l'Angleterre. Ce pays devait lui servir le tremplin pour les Etats-Unis. C'était vraiment une période de transition. Il était aussi en train d’arrêter son activité avec le label Flèche, qu’il avait fondé en 1967. Il voulait en remettre les clés à des gens de confiance pour se consacrer à sa carrière internationale. C'était vraiment un objectif important pour lui.
Vous vous appelez Claude François Junior. Cela n’a pas été compliqué ?
Je n'ai jamais détesté mes parents de m’avoir appelé ainsi… Le seul moment où j’ai pu en souffrir c’était durant l’enfance. J’ai beaucoup changé d'établissements scolaires parce que mon frère était le champion pour se faire lourder des écoles dans lesquelles on était inscrit. Et, chaque année, quand on arrivait, il y avait l'appel. Au passage du nom de Claude François, toute la classe se retournait en disant : "Qu'est-ce qui se passe ?" Ça a pu me mettre mal à l’aise.
Vous n’avez pas de surnom ?
Si ! Coco, pour les intimes. Mais le dernier à m’appeler comme ça c’est Michel Drucker ! Je suis Claude, tout simplement. En ayant des enfants, et j'en ai eu très jeunes, parce que je suis devenu père d’une fille à 23 ans, je me suis progressivement détaché de cette empreinte. Je suis passé de "fils de" à "père de" et j’ai forgé mon identité.
Avez-vous envisagé une carrière artistique ?
J’aurais pris un pseudo si j'avais eu une vraie carrière artistique ! A mes 18 ans, j’ai commencé à faire de la télé sur TF1. J’étais speakerine pour les émissions Salut les 60 et Bonjour les 70. On faisait de super audiences et à l’époque, la chaîne a souhaité ajouter le Junior, pour faire la distinction. Parce qu'effectivement, il y avait matière à confusion. Et puis, un jour, après une interview où les questions d’un journaliste m’ont fait prendre conscience que je n’avais pas de réel projet de vie à l’approche des 25 ans, j’ai décidé de créer une société et de reprendre le catalogue et la gestion de l'image posthume de mon père. J’ai glissé d’un métier à l’autre…
© Instagram, claudefrancoisjr
Vous n’avez jamais rêvé d’être artiste ?
Il est fort probable que j'ai eu peur de le devenir et j’ai abandonné l’idée par rapport à mon père. Mais, pendant des années, j'avais dans ma cave mon synthé, ma boite à rythme et je faisais des compos avec mes potes. Je sais que j’ai ça en moi. Je vis ce rêve par procuration, quand je fais des remix de tubes de mon père avec certains DJ. Il y a un vrai gêne, ça c'est sûr… Avec mon frère, on a cette sensibilité-là.
Justement, avec votre frère Marc, vous êtes associés en "gardiens du temple" du patrimoine musical de votre papa. Ça se passe bien entre vous ?
Oui mais on a nos caractères. Tout ce qui est affaire courante et nécessite une réactivité pour laquelle mon frère n'a pas envie de s'astreindre, il me fait confiance et j'ai procuration. Après, je l'appelle et lui expose des situations quand je juge qu’un problème est plus délicat qu’un autre à régler. Son avis compte, on ne prend aucune décision importante séparément.
Ce patrimoine, vous auriez pu ne pas en vouloir…
Je ne peux pas m'en détourner, c'est bien trop magique ! Le fait d'avoir des enfants m'a poussé dans cette démarche de transmission. Il y a aussi une part de fierté et de respect... J'aime les artistes, par nature, et mon père évidemment. Je me sens le devoir de souffler sur les braises de ce qu’il a construit. Je lui dois bien de lui consacrer ce temps-là parce que, il faut l’avouer : ça me fait bouffer aujourd'hui. Mes enfants et ma famille vivent confortablement grâce à ce patrimoine.
Pourquoi avoir quitté la France en 2007 ?
Pour être franc, je suis parti pour raisons fiscales. Ensuite, au bout de 9 ans en Belgique, ma femme souffrait du manque de lumière. On m'a parlé du Portugal et j'ai pris une gifle quand j’ai découvert la dynamique de Lisbonne. On a emménagé en 2016 et c’est une ville qu’on adore pour sa qualité de vie, sa sécurité, son accès à la culture… Il y a belle énergie et une mixité de populations. C'est très agréable au quotidien.
Vos enfants sont scolarisés au Portugal ?
Les deux derniers, parce que les trois autres sont majeurs depuis longtemps. Ils commencent à faire leur bonhomme de chemin sans nous. Ils ont étudié ici et puis, ils sont aussi devenus grands... Un de mes fils travaille maintenant à Paris. Et l'autre, fait ses études aussi à Paris mais il est revenu pour un stage de 3 mois à Lisbonne. Ils sont très attachés à cette ville où ils ont leurs potes. Et quand arrive l’été, on est mieux au Portugal !
© Instagram, annefloreal
Que fait votre épouse, Anne, à Lisbonne ?
Elle fait de l'événementiel, ce qu'elle a toujours fait. Elle développe une activité de conseils et de prestations pour le développement des boutiques d'hôtels dans le milieu du luxe. C'est un travail enrichissant parce qu'elle travaille avec l'artisanat local, souvent sur demande des propriétaires d'hôtels. Elle gère tout le contenu, le management, la mise en place... Et ça marche bien, elle travaille de plus en plus !
Où en est votre projet de rachat du Moulin de Dannemois ?
On est d'accord sur un prix avec les propriétaires, ça devrait s'accélérer. L'achat se situe sous la barre des 5 millions, mais ça nous coûtera 11 millions au total avec les travaux. Ça deviendra un hôtel de 17 chambres, on va refaire le restaurant et agrandir la surface du musée. Il y aura aussi une salle de soin avec un sauna, hommage à mon père. Il avait partagé sa vie avec Sofia, une finlandaise, et j’ai découvert le sauna au moulin à cette période-là avec eux. Ça ne deviendra pas un parc d'attractions, l’idée sera de proposer aux gens une expérience immersive, comme s’ils étaient les invités de mon père.
Vous arrive-t-il de faire la fête sur les chansons de votre père ?
Mes enfants et leurs amis sont assez festifs ! Il m’arrive de faire la fête avec eux et, quand on est à la maison et qu’il y a une chanson de mon père, ils viennent me chercher pour me faire danser. C'est toujours gênant d'avoir les regards braqués sur soi. Moi j’aime bien danser dans ma bulle... Donc, dès qu’il y a une chanson de mon père dans une soirée, je coupe ou il n'est pas rare de me voir m'échapper un instant !
© Lecoeuvre Photothèque
Quelle est votre préférée ?
Elle est dansante, pour le coup ! C’est Magnolia Forever. Cette chanson se distingue par son texte, l’arrangement, la performance vocale... C’est le fiston qui parle mais on est pas loin du chef d’œuvre ! Je le pense vraiment. Sinon, il y a aussi Alexandrie Alexandra sortie le jour des obsèques. Le destin a fait un sacré clin d’œil. A la maison, quand j'écoute ses musiques, mon épouse, des fois, me dit : "Mais, t’en a pas marre ?" Et je réponds : "Non, je ne les entends pas comme toi".
Cette voix vous manque...
Sa vraie voix me manque. Son grain quand il parlait, plutôt que quand il chantait. C’est ce que je préfère : écouter les enregistrements où il parle. C’est ma manière de le rendre présent, j’ai l’impression qu’il est là. Et toutes ses interviews m’ont appris à le connaître. Car à 9 ans et demi, on fait plus connaissance avec le papa qu’avec l’homme.
Vous êtes proche d'autres "fils de" qui ont également perdu leur papa.
J’ai rencontré Julien Dassin il y a longtemps. Il était venu me voir pour me demander de partager mon expérience avec lui... Et après, j’ai été amené à voir Jonathan Dassin en concert par hasard et c’est comme ça qu'on s'est rapproché. C’est un parcours aussi atypique pour eux deux. Leur papa, Joe Dassin, a fait une carrière extraordinaire.
Contenu exclusif ne pouvant être repris sans la mention Purepeople.
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