Garou a plusieurs cordes à son arc. Connu pour sa voix reconnaissable entre mille, le chanteur s'est aussi lancé dans la restauration en devenant l'un des fondateurs du Manko, une adresse parisienne inaugurée en février 2016 avec le chef péruvien Gastón Acurio et l'entrepreneur Benjamin Patou. Direction le 15 avenue Montaigne, dans le très chic VIIIe arrondissement de Paris, pour découvrir ce restaurant-cabaret qui fait dialoguer gastronomie péruvienne et influences japonaises. Après une transformation de ses espaces et un nouveau souffle festif, j'ai voulu découvrir ce que cette institution de la capitale avait à offrir. Et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'elle ne manque pas de caractère.
Dès l'entrée, le ton est donné. Au début de cette prestigieuse avenue, à deux pas des Champs-Elysées et juste devant le Théâtre du même nom, quelques marches à descendre. Puis, une fois en bas, à gauche Gigi, à droite le Manko. Depuis quelques mois maintenant, ce QG parisien de la gastronomie nikkei s'est offert une métamorphose avec un décor grandiose entièrement imaginé par Sophie Lacroix, à qui l'on doit notamment plusieurs projets ambitieux à l'instar de Lapérouse. L'architecte d'intérieur signe ici un univers sophistiqué et résolument glamour. Les assises aux tonalités dorées et bleutées se mêlent aux touches de laiton et aux éclairages tamisés, qui donnent à la salle une atmosphère particulièrement enveloppante. Un cadre élégant, pensé aussi bien pour un dîner entre amis que pour un rendez-vous en tête-à-tête. Le Manko Bar a lui aussi fait peau neuve. En plus du marbre rouge et des grands miroirs, l'espace a été repensé autour d'une suspension impressionnante représentant un géant soleil doré. Et cela n'a rien d'un hasard : le restaurant doit directement son nom à Manko Capac, le fils du Dieu Soleil et fondateur de la culture Inca. Un clin d'oeil bien pensé. Ici, le coin intimiste et animé est idéal pour débuter la soirée autour d'un verre ou la prolonger avec des cocktails sur mesure, notamment à base de tequila et de mezcal.
Après en avoir pris plein les yeux, place à la dégustation. Aujourd'hui, c'est le chef péruvien Melio Oriundo Chavez qui dirige les cuisines. Sa proposition repose sur la rencontre entre les traditions andines et la précision japonaise, autrement dit la cuisine nikkei. Une gastronomie métissée qui puise également son inspiration dans les richesses de la mer et de l'Amazonie. Une fois installés, place aux choses sérieuses : la découverte de la carte. Ici, le partage est presque une évidence. Les assiettes se succèdent et permettent de goûter à différentes spécialités, entre préparations crues, plats chauds et grillades. J'ai notamment goûté les aubergines fondantes, les Berenjenas Otoñal affichées à 21 euros, accompagnées de wontons farcis, de sauce otoñal, de ciboulette thaï et de jalapeño mariné. Une proposition qui joue sur les textures et les saveurs. Gros coup de coeur pour la promesse tenue : j'aurais pas pu rêver plus fondantes.
Côté poisson, les amateurs de préparations crues ont de quoi se faire plaisir. J'ai goûté le Cebiche Nikkei à 26 euros, à base de thon rouge, de daïkon, de concombre, d'avocat et de leche de tigre nikkei, ainsi que le Tiradito Chifa à 25 euros, qui associe saumon, kumquat mariné, tuile de riz et leche de tigre au fruit de la passion. Deux assiettes qui illustrent parfaitement cette rencontre entre le Pérou et le Japon. Place ensuite au Pulpo Parrillero, 31 euros l'assiette. Ce poulpe grillé, servi avec une crème de pommes de terre, une sauce anticuchera et du chimichurri, fait partie des plats qui méritent que l'on s'y attarde. Jusqu'à présent, pas une fausse note. Ce qui fait aussi la réussite de ces assiettes, c'est cet équilibre subtil entre les saveurs : chaque bouchée est relevée par une pointe d'amertume ou de piquant, juste ce qu'il faut pour réveiller le palais sans jamais prendre le dessus sur les autres ingrédients.
Et parce qu'un bon repas se termine toujours sur une note gourmande, place aux desserts. J'ai choisi deux douceurs : le Tres Leches façon Manko affiché à 17 euros, composé d'un biscuit moelleux aux épices, de crémeux à l'orange, de ganache montée à la vanille, de caramel fondant et de kumquat confit. Une composition gourmande qui joue sur les notes fruitées et épicées qu'il me tarde de déguster de nouveau. Autre belle découverte, le Tonka Tropical à 16 euros, avec son biscuit au chocolat, sa glace au café, son confit de fruits rouges, sa mousse chocolat, son dulce de leche et son crumble. Une fin de repas généreuse pour les amateurs de chocolat.
Mais le Manko ne se résume pas à ce qui se passe dans l'assiette. C'est même l'une des particularités de cette adresse : au fil des heures, l'atmosphère évolue. Le restaurant propose une expérience qui commence autour de la table avant de prendre progressivement des airs de soirée. Lors de ce soir d'octobre, Paris était en pleine Fashion Week. Après 22 heures, l'ambiance change. D'abord, la musique devient plus forte - on me glisse à l'oreille que les gérants du Manko communiquent par Whatsapp avec le Théâtre des Champs-Elysées : une fois le spectacle terminé et la scène libérée, le restaurant a l'autorisation de passer en mode festif. Progressivement, du monde se lève, ça discute, ça danse. La clientèle en costume se mêle à des couples, des groupes d'amis... et même à des stars ! Car si l'établissement est étroitement lié à Garou, un autre grand nom de la musique a fait son apparition devant mes yeux : le rappeur américain Offset.
Le Manko joue sur plusieurs tableaux et c'est précisément ce qui fait sa singularité. On y vient autant pour son décor immersif que pour sa cuisine nikkei. Les propositions sont variées, les assiettes colorées et l'expérience prend une autre dimension lorsque la musique commence à monter. Il faut néanmoins prévoir un budget conséquent, particulièrement si l'on souhaite multiplier les assiettes et profiter pleinement de la carte. Autre conseil : pour un dîner classique propice à la discussion, venir tôt - 19 heures est l'horaire idéal - si l'on ne veut pas risquer de perdre le fil dans le tourbillon de la soirée. En bref, le Manko n'est pas simplement un restaurant où l'on vient dîner : c'est un lieu où l'on peut commencer la soirée à table et la poursuivre jusqu'au bout de la nuit. Garou avait imaginé un cabaret chic et extravagant ; l'esprit est toujours là, avec une nouvelle identité qui fait vibrer l'avenue Montaigne.