"Je suis contente de l’entendre dans un taxi… Là, ça me fait plaisir, mais je ne vais pas mettre un disque chez moi. C’est trop difficile". Ces mots, Chloé Mons les prononçait en mars dernier sur le plateau de Télématin. Si cette artiste de 52 ans est connue pour sa musique ou pour ses livres, elle l’est aussi parce que c’est la dernière épouse du chanteur Alain Bashung. C’est lui, sa voix si reconnaissable, qu’elle évoquait en ces termes, émue, sur le plateau de l’émission matinale de France Télévisions en mars dernier.
Ce 1er décembre 2025, Alain Bashung aurait eu 78 ans. Mais cela fait déjà plus de seize ans qu’il nous a quittés, emporté à 61 ans par un cancer du poumon. Pourtant, à entendre cette déclaration de sa veuve, le poids des années depuis sa disparition semble n’avoir en rien altéré l’émotion que son départ prématuré a suscité chez son dernier amour.
Dernier… Car Chloé Mons n’a pas été la seule à trouver une place dans le cœur de l’inoubliable interprète de Gaby oh Gaby, le titre qui l’avait fait connaître du grand public à 35 ans, quinze ans après qu’il avait décidé de se consacrer entièrement à la musique en abandonnant ses études de commerce et son BTS de comptabilité. Quinze ans à assurer les premières parties d’artistes parfois méconnus, à travailler pour d’autres dans l’ombre, abrité derrière des pseudos, à tenter sa chance dans des tremplins de la chanson, à se produire devant des soldats dans des bases américaines, vivotant de peu, comme lorsqu’il avait trouvé refuge chez le chanteur Christophe dans un Paris où déferlait alors la vague punk.
Dans cette période compliquée, le jeune chanteur, né des amours fugaces d’une ouvrière bretonne et d’un père kabyle qu’il n’a jamais connu, avait trouvé un autre refuge pour oublier ses déconvenues professionnelles… "C’était des années monstrueuses, se souvenait-il dans un portrait que lui consacrait la télé au début des années 80. Ça faisait 6 ou 7 ans que j’enchaînais les désillusions ou échec sur échec. J’étais ce qu’on appelle un loser… un loser professionnel. Et pour échapper à ce truc, je me suis foutu dans des drogues plus ou moins dures, j’en avais rien à foutre de ne pas me réveiller le lendemain matin…" C’est alors qu’il était au plus bas qu’il allait faire de bonnes rencontres et arrêter la drogue, "car, dit-il, je n’avais plus assez de fric". Le succès allait enfin lui sourire. Entre 1981 et 1986, il sortait quatre albums et parvenait enfin à conquérir le public et le monde du showbusiness...
Ses années de galère et les débuts de la gloire, Bashung les a vécus avec sa première épouse, Chantal Mironneau, qui partagea son existence entre 1971, année de leur mariage, et 1986, celle de leur divorce. Entre-temps, il a fait la connaissance d’une autre femme, Chantal Monterastelli, avec qui il a eu un enfant, son premier : Arthur, né en 1983. Leur histoire s’achèvera par un deuxième divorce, en 1999, et viendra ressurgir dans l’actualité après la mort de Bashung, lorsque cette deuxième épouse prendra la parole dans les médias afin de dénoncer les conditions de son héritage.
"Arthur n’a rien hérité de son père pour l’instant. Bien que la loi française stipule qu’il est impossible de déshériter un enfant, il est possible de la contourner. Ça a été le cas, accusait Chantal Monterastelli en 2018 dans les colonnes du Journal du dimanche. Arthur avait demandé à récupérer une guitare qu’Alain lui avait promise [...] et des cassettes audio portant son prénom, qui contenaient des enregistrements que père et fils avaient faits ensemble. Arthur n’a rien eu. Aucun souvenir. C’est très violent à encaisser."
Lors de ce coup de gueule médiatique, la mère d’Arthur avait désigné une coupable… "Lorsqu’une jeune femme rencontre une star plus âgée, elle veut tout posséder de sa vie. Tout d’abord, elle coupe les ponts avec son passé", expliquait Chantal. "C’est ce qu’a fait la femme d’Alain, qui l’a éloigné de tous ses proches", avançait-elle, avant de conclure : "J’ai vécu dix-huit ans avec lui. Je sais à quel point, en dehors de sa carrière, il était un homme influençable."
Cette jeune femme -qui a contesté les faits- qu’évoque la mère d’Arthur Bashung, c’est donc Chloé Mons. La dernière épouse de l’interprète de Osez Joséphine. Une jeune artiste entrée un peu par hasard dans la vie de Bashung en 1998. "C’était lors d’un casting pour un clip filmé par Jacques Audiard : La Nuit je mens, expliquait-elle dans l’émission Entre vous et moi, diffusée sur YouTube. En rentrant dans ce studio, j’ai vu Alain au loin, et là, je me suis dit : “C’est mon homme.” J’ai donc écrit une petite carte postale que j’ai postée à son attention à sa maison de disque et il m’a appelée deux jours après…" Malgré le quart de siècle qui les sépare, la magie de l’amour opère. "Je ne l’ai plus quitté", concluait Chloé Mons.
Pour autant, tout n’est pas si rose… "Quand je rencontre Alain à ce moment-là, il est en train de sombrer, en train de mourir, racontait Chloé Mons dans ce même entretien. J’ai eu le sentiment de le rattraper par le col de la chemise… et de le ramener à la vie." Ce qui le tuait alors ? "L’alcool", affirmait sa veuve. "Il picole. C’est quelqu’un qui n’avait pas été habitué au bonheur entre son enfance, très peu de certitudes affectives. Et c’est vrai que quand je le rencontre, je lui montre que c’est possible et ça a été extraordinaire…" Et Chloé Mons de résumer : "J’ai fait vivre 12 ans de rab à Alain Bashung…"
Cette nouvelle vie auprès de cette nouvelle épouse va notamment permettre au chanteur de devenir père une nouvelle fois. En 2001, leur fille Poppée, devenue une charmante jeune femme, voit le jour. "Alain était un père extraordinaire", se remémore Chloé Mons. Tous trois vivront près de dix ans de bonheur en famille, loin des lumières du showbusiness, mais toujours au plus près de l’art et de la musique, puisque Chloé, elle aussi, écrit, compose, chante… jusqu’à ce que la maladie ne tombe sur Alain Bashung.
"On vit avec la maladie, avec la mort, raconte Chloé Mons en évoquant la fin de vie de son mari. Après deux ans avec la maladie, la chimio, voir un homme qui maigrit, qui disparaît en fait (...) vient un moment où il faut que ça s’arrête. Poppée avait huit ans, moi, 36, et être dans le corridor de la mort comme ça, ce n’est drôle pour personne. Il fallait que ça s’arrête. Ça a été un déchirement. Dieu merci, j’étais là quand Alain est mort, dans mes bras. C’était important. Mais une fois que ça a été fait, il fallait recommencer la vie…"
Et la vie a recommencé, avec son lot de désagréments, comme cette bataille autour de l’héritage survenue après la disparition du génial Bashung. En 2013, Arthur avait ainsi intenté une action en justice contre sa belle-mère afin de changer la donne. En vain. Toutefois, ces échanges, stériles en justice, se seraient prolongés, permettant aux deux parties de tomber d’accord. "Entre Chloé Mons et Arthur, il y a eu des arrangements trouvés", expliquaient nos confrères de Paris Match. Bashung, lui, allait continuer de vivre par-delà la mort, notamment grâce à l’action de Chloé, aujourd'hui amoureuse d'un autre homme, qui annonçait en 2018 la sortie d’un album posthume baptisé En amont. Un disque sur lequel figure le magnifique et si bien nommé titre : Immortel.
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