Ce dimanche 22 mars 2026, Julien Dassin souffle ses 46 bougies. Confortablement installé face à une fenêtre de sa maison en périphérie de Paris, celui qui n'est autre que le fils cadet de Joe Dassin a accepté de se confier par téléphone à Purepeople. Un échange simple et amical, où Julien Dassin ne masque rien du respect qu'il porte envers son père, Joe Dassin. Un père qu'il n'a pourtant pas eu la chance de connaître puisqu'il est décédé en 1980 alors qu'il n'était qu'un nourrisson... Qu'importe, Julien Dassin entend aujourd'hui faire perdurer sa mémoire et son oeuvre à travers le globe. Et c'est une mission que ce fils cadet réussit avec brio ! Lui qui tient également, hors scène, un autre rôle majeur : celui de père d'une petite fille de sept ans. Confidences d'un homme-enfant à la poursuite de ses origines.
Purepeople : Comment allez-vous ?
Julien Dassin : Je vais très bien, même si je cours en permanence. Je suis toujours dans un avion ou à bord d’un train. C’est simple, j’ai l’impression de vivre dans un aéroport ou une gare ! Cela peut faire rêver, mais c’est un sacré rythme à tenir. Je peux donner plusieurs concerts par mois. Je repars d’ailleurs bientôt pour Helsinki, en Finlande, puis je chanterai en Lituanie, avant de revenir en France, en avril, pour une date à Paris au théâtre Tour Eiffel.
Vous qui chantez les titres de votre père, c’est donc un succès mondial !
Tout a démarré il y a vingt-cinq ans, lorsque j’ai décidé de monter un tour de chant autour des chansons de mon père. Le succès est arrivé comme une traînée de poudre, surtout à l’étranger. Au départ, je jouais dans des salles de mille places, puis on est monté à deux mille, trois mille, quatre mille… Cette aventure a dépassé mes espoirs ! En parallèle, je me réjouis de la sortie d'un album live (disponible le 3 avril, ndlr), que j’ai enregistré lors d’une tournée en Amérique du Nord, au Canada et aux États-Unis.
Car votre père, Joe Dassin, même s’il chantait en français était natif de New York…
Oui et s'il a eu du succès dans le monde entier, mon père restait assez peu connu dans son propre pays. La sortie de cet album américain, c’est une sorte de revanche. Il aurait adoré se produire aux États-Unis et il n’a pas eu l’occasion de le faire, car il est parti trop tôt. Alors, c’est une immense fierté de faire résonner sa musique là-bas et de constater l'engouement du public. J’y retourne l’an prochain pour de nouvelles dates.
© Collection FGL Productions
Le public est votre motivation première ?
Le public occupe une place particulière pour moi. Il est comme un membre de ma famille. Je n’ai pas eu la chance de passer du temps avec mon père et je croise énormément de personnes qui me disent : "On l'a bien connu ! Je me suis marié sur telle chanson de lui..." Ils ont tous une histoire à me raconter sur son répertoire ou sa vie et, il y a même des fans qui m'apprennent des choses. Ça donne la sensation qu’on est du même clan, voire qu'il existe encore.
Vous auriez pu refuser cette étiquette de "fils de" et ne pas reprendre ses titres...
Mais c’est le style de musique que j’aime écouter ! Et puis, à la manière d’un fils de boulanger, c’est presque un devoir de perpétuer le travail d’un parent. Vous savez, quand vous vous appelez Dassin, vous ne pouvez pas vous permettre de faire n'importe quoi non plus. Ce nom est respecté. Moi, je prends du plaisir aujourd'hui à reprendre ses titres et je pense que mon boulot est bien fait. Surtout, je ne cherche pas à l’imiter. Joe Dassin est irremplaçable. Je n’ai ni sa voix ni sa présence, et je ne veux pas être son clone. En revanche, je partage avec lui le même amour des chansons intemporelles et son respect des autres.
Plus jeune, vous vous rêviez chanteur ?
Je n’étais pas du tout attiré par le milieu artistique. J’ai perdu ma mère à quinze ans (d'une crise d'asthme, ndlr) et j’ai continué l’école. Mais, voilà, j’ai dû faire, à cette période-là, des interviews dans des médias, car c’était la date anniversaire du décès de mon père... Et, en me réécoutant, je me suis trouvé nul. J’ai donc suivi des cours de comédie pour être plus à l’aise. Un jour, un metteur en scène m’accoste et me demande si je suis acteur ? Je réponds oui, au culot. Je commence la scène, avec du théâtre, et j’abandonne mes études de droit de commerce. La chanson, c’est Michel Drucker qui m’a proposé d’en faire. À l’époque, je ne chantais pas, je jouais du piano. Je craignais le côté racoleur mais les fans de Joe Dassin m’ont poussé à continuer.
© Collection FGL Productions
Hormis cet amour de la scène, que vous a légué votre père ?
Dans l’esprit des gens, l’héritage d’un artiste célèbre assure une vie confortable. La réalité est plus nuancée. Mon père n’était pas l'auteur et compositeur de la plupart de ses morceaux et les chanteurs d’avant vivaient sans forcément penser à l’avenir. Aujourd’hui, dans ce métier, on sait que tout peut s’arrêter du jour au lendemain alors on épargne davantage. On a bien eu la maison des Yvelines avec mon frère… Mais une maison, si jeunes, on ne sait pas l’entretenir et elle se dégrade. Avec Jonathan, on n'a jamais été très proche, donc on a fini par la vendre. C’était ingérable.
Vos deux parents sont partis à la quarantaine. Vous soufflez vos 46 ans aujourd’hui, ça vous fait quoi ?
C'est très compliqué parce qu'aujourd'hui, je suis plus vieux qu’eux. Mon père est décédé à 41 ans et ma mère à 46 ans. Il y a un paquet de choses que les gens normaux, on va dire, ont vécues, et que moi, je n'ai pas vécues... Sinon, la sensation est étrange quand je regarde les photos de mes parents. Je trouve qu’ils ont des têtes d'adultes. Et quand je me regarde dans une glace, j'ai toujours cette tête d'enfant. Ce n'est pas que je ne veux pas vieillir. Je suis forcément plus marqué avec le temps mais je les vois toujours plus âgés que moi. C'est curieux, non ? Ça restera toujours mes parents.
Votre père est mort d’un problème au cœur. Vous vous surveillez ?
Il a été écrit que mon père serait décédé à cause de la drogue ou de l'alcool et c’est complètement faux. Comme vous le dites, on lui avait bien découvert un problème cardiaque, lors de son service militaire. Autour des 30 ans, il a aussi fait une attaque sur scène. Il avait une grosse faiblesse au cœur et il est finalement décédé d'un infarctus à table. Moi, mon cœur va bien. Je me suis cassé le bras cet été, après une chute à moto, et les médecins m’ont fait plein d'examens. Je suis en bonne santé. J'ai hérité de ses traits physiques, mais d'aucune maladie.
© Collection FGL Productions
Vous pensez que vous auriez eu quelle relation avec Joe Dassin ?
J’ai eu besoin de savoir qui il était derrière l'artiste. Je suis allé parler à ses copains, des personnes qui ne sont pas du métier. Et j’ai constaté qu’on aurait pu s’entendre et passer de bons moments. On a des choses en commun. Comme lui, je suis perfectionniste et j'adore rigoler. Souvent, on garde l'image de Joe Dassin, l’homme sérieux en costume blanc... En réalité, c’était un vrai boute-en-train ! Son meilleur ami était Carlos, et si tous les deux étaient très cultivés, ils faisaient aussi les quatre cents coups. D’ailleurs, c’est mon père qui a écrit certaines chansons de Carlos comme Big Bisous.
Vous avez été élevé par votre grand-père paternel, mais aussi votre maman avant son décès. Elle a été beaucoup critiquée…
J'étais très proche de mon grand-père, Jules Dassin. Il mettait un point d'honneur à ce que j'étudie comme tous les garçons de mon âge. C’était un peu la figure autoritaire, l'homme de la maison. Et ma mère (Christine Delvaux, ndlr), c’était une femme qui sortait peu et passait son temps à nous protéger. Il a été dit que c’était une vamp, qu’elle faisait trop la fête… La première épouse de mon père (Maryse Grimaldi, ndlr) a raconté des tas d'histoires sur elle. Ma mère était naïve. Elle a rencontré mon père quand il était encore en couple, donc les critiques viennent surtout d’une ex-compagne blessée.
Vous êtes devenu vous-même papa...
J’ai toujours du mal avec l’appellation "papa" parce que je ne l'ai pas dit enfant. Mais oui, je le suis devenu et être père vaut tout l’or du monde. Je pense que c'est un rôle qui s'apprend au quotidien. Est-ce que mes parents m’auraient donné des conseils ? Peut-être. L’année dernière, j’ai passé environ 270 jours loin de chez moi. Alors, ma priorité à présent est de rentrer plus souvent à la maison. On habite une maison en banlieue ouest de Paris et je ne me vois pas vivre ailleurs avec ma femme et ma fille.
Votre fille donne elle-aussi de la voix, mais dans des films d'animation.
Ma fille, qui a sept ans, a fait ses premiers pas dans le monde du doublage : elle a prêté sa voix à Lilo dans Lilo et Stitch en version française, ainsi qu’à la petite sœur de Vaiana. Au départ, j’étais réticent à l'idée, mais elle est douée. Elle grandit dans un univers à part, avec un père chanteur et une mère comédienne. Je crois qu'on lui a transmis, malgré nous, quelques gênes artistiques !
Comment vivez-vous le fait d'être exposé et comptez-vous, un jour, vous affirmer comme Julien Dassin ?
J'essaie de protéger mes proches. On me prête parfois des histoires qui n’existent pas, par exemple avec Florence Coste, qui n'était que ma partenaire artistique sur un album hommage à Yves Montand. Les gens, vous savez, racontent tout plein de trucs. Moi, la plupart du temps ça m'amuse... Quant à mes chansons, j'écris pour me faire plaisir mais ce n'est pas mon ambition de dévoiler mes textes. Je préfère interpréter de grands titres car les miens sont peut-être mauvais, qui sait ! Tout le monde ne peut pas être bon partout. Des artistes comme Johnny Hallyday ou mon père étaient aidés d’auteurs et de compositeurs talentueux. C’est aussi un art de savoir choisir les bonnes personnes autour de soi.
Propos exclusifs ne pouvant être repris sans la mention Purepeople.
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