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'La Marche' avec Jamel Debbouze, Lubna Azabal... ''Ce film dépasse le cinéma''

La sortie du film La Marche ne précède pas seulement la date anniversaire de l'événement (le 3 décembre) que retrace le long métrage. Cette oeuvre débarque dans les salles obscures pour mettre la lumière sur un événement méconnu voire inconnu de l'histoire française contemporaine : la marche pour l'égalité et contre le racisme, initiée en 1983 par un jeune homme de la cité des Minguettes, dans la banlieue lyonnaise, après qu'un policier lui a tiré dessus. Un long métrage qui n'a pas été facile à concrétiser, mais grâce à la persévérance de chacun, l'oeuvre voit finalement le jour, pour rendre hommage aux véritables Marcheurs et ériger la notion de tolérance en exemple. Purepeople.com a rencontré l'équipe. Hafsia Herzi a défendu ce film ambitieux et émouvant, c'est désormais au tour du réalisateur Nabil Ben Yadir et de l'acteur Nader Boussandel - ils ont déjà collaboré ensemble pour Les Barons - de répondre à nos questions.


Le tournage

Nabil Ben Yadir : Ce n'était pas difficile, c'était même compliqué de devoir filmer dix acteurs [Tewfik Jallab, Lubna Azabal, Charlotte Le Bon, Hafsia Herzi, M'Barek Belkouk, Olivier Gourmet, Vincent Rottiers, Philippe Nahon, Jamel Debbouze et Nader Boussandel, NDLR]] en permanence et puis, dans le même cadre, des grands acteurs. On appréhende un peu mais après, on se rend compte qu'on a à faire à de vrais comédiens, qui savent qu'être acteur, ce n'est pas simplement parler, c'est aussi jouer. Il y a des silences très importants dans le cinéma. Finalement, le personnage principal, c'est la Marche. Il y a un initiateur, c'est vrai, il porte la marche avec cette balle, mais le collectif prend le dessus. Je voulais qu'il y ait un équilibre, tout le monde a sa propre histoire et tout le monde a sa place dans le film. Filmer tous ces acteurs, c'était un vrai challenge. Quand on voit l'affiche, on a l'impression qu'il ne va pas y avoir de places pour tout le monde. Mais c'était très important de rendre à César ce qui appartient à César, de montrer que cette marche, c'est avant tout un mouvement collectif.


Jamel le Marcheur

Nabil Ben Yadir : Jamel Debbouze connaissait le sujet et évidemment l'histoire. Je crois qu'il avait envie aussi de faire un film sur la Marche. Mais il est arrivé tard sur ce tournage. Jamel est quelqu'un de perfectionniste et nous, on avait besoin de faire le film en trois semaines, mais le sujet et le scénario lui ont plu. On a retravaillé le personnage avec lui et il ne voulait justement pas trop se mettre en avant, il acceptait que le film soit collectif et voulait pousser les acteurs comme Tewfik Jallab [avec qui il a déjà joué dans Né quelque part, NDLR] ou M'Barek Belkouk, c'était aussi son cheval de bataille. Il nous a aussi permis de rééquilibrer financièrement le film. Quand vous avez Jamel Debbouze dans un film, ça aide beaucoup parce qu'il a une vraie force de frappe, une vraie puissance. Avec Hugo Selignac, le producteur et moi, c'est lui qui nous a permis de faire ce film. Il vous dira non, parce qu'il n'aime pas qu'on le dise, mais c'est vrai qu'il y a fortement contribué. Jamel, il faut l'avoir, mais une fois qu'il est là, il s'implique à 100%, alors qu'il était en tournée. Il était en décalage horaire, à l'autre bout du monde, mais il s'est donné au maximum. Et encore plus maintenant, avec l'actualité et tout ce qui se passe en ce moment. Comme tous les acteurs. C'est là où ce film dépasse le cinéma, je voulais un film rassembleur, je ne voulais pas séparer la France en deux en disant, voilà les méchants, voilà les gentils. Ils sont partout, heureusement. Ce film là a cette fibre populaire, je ne voulais pas la lourdeur d'un film historique, je voulais un film rassembleur.

Nader Boussandel : Jamel était là quinze jours étalés pendant le tournage. Il n'a pas cherché à prendre plus de place que les autres.


Les véritables Marcheurs

Nabil Ben Yadir : Les symboles de La Marche ont été un peu dégoûtés après de la politique. Ils ont été mis de côté, puis ils se sont mis en retrait. Le message porté n'était plus là, et après on a réduit cette "Marche pour l'égalité et le racisme" à une "Marche des beurs". Ensuite, est arrivée l'association SOS Racisme. On est passé par plusieurs étapes. Ça a été broyé par des événements parallèles. L'initiative de base, les vrais marcheurs, on ne les connaît pas. Avant que le film ne se mette en place, j'ai fait beaucoup de travail de recherches. Beaucoup de gens se sont définis comme des marcheurs, alors qu'ils étaient uniquement à Paris, ils sont arrivés à la fin. On ne peut pas demander à des gens de faire un marathon et leur enlever la médaille. On a l'impression qu'ils ont été dépossédés de leur combat. Le médium cinéma permet de regarder un film mais il peut aussi permettre aux 83% de jeunes qui ne connaissent pas la Marche de la découvrir. Les Américains l'ont compris. Si les jeunes à Brooklyn connaissent Malcolm X, c'est aussi parce qu'il y a eu le film. Si les jeunes connaissent Gandhi, c'est aussi parce qu'il y a eu le film. On ne peut pas obliger les gens à lire des livres, ça, c'est le travail de l'école, mais on peut faire un film. Le cinéma est un vecteur positif, c'est important de l'utiliser.


Fiction et réalité

Nabil Ben Yadir : Il y avait 32 marcheurs, parmi lesquels beaucoup de filles. Après, selon moi, c'est la grande histoire qui est là. Le point de départ, les Minguettes, l'arrivée à Lyon, la mort d'Habib Grimzi, toutes les images d'archives... C'était là pour me rappeler l'histoire, mais ensuite, on fait du cinéma, il faut tisser des liens, on est obligé de romancer les choses, de créer des choses. Je voulais un film contemporain avec des personnages qui touchent les spectateurs. Ceux qui me touchent particulièrement, ce sont Farid (M'Barek Belkouk) et Sylvain (Vincent Rottiers), car ce sont deux personnes qui sont d'abord des potes. Et de les voir grandir dans le film, ça me plaît. Le film s'adresse à tout le monde mais particulièrement à des Farid, à ceux qui sont en retrait. Pour eux, l'histoire, peu importe, ils sont là pour s'amuser. Farid décide de faire la Marche parce qu'il ne veut pas être seul. Moi, je ne voulais pas réduire cette Marche, ni aux Beurs ni à un type de personnes, ils sont tous différents.

Nader Boussandel : En ce qui me concerne, mon personnage est fictif, mais pour le construire, je me suis inspiré de différentes choses. Moi, c'est Rachid Taha, qui n'était pas un marcheur mais un chanteur qui militait à sa manière à travers la musique. Je l'ai rencontré et je me suis pas mal inspiré de lui pour composer mon rôle. Ça m'a beaucoup plu de le voir et d'avoir son point de vue sur cette époque.


Le contexte actualité

Nabil Ben Yadir : La France n'est pas raciste. On ne peut pas réduire la France en donnant la parole à ceux qui crient, à ceux qui ont un message de haine. On le voit pendant les avant-premières qu'on ne peut pas réduire cette France à ça. Cette Marche, on aurait pu l'appeler La Marche des Français. Ce qui se passe aujourd'hui est très grave, on peut parler de la une de Minute, ils sont d'ailleurs très contents de leur coup marketing. Mais je pense que la France qui n'est pas raciste, la France multiculturelle, on ne lui donne pas assez la parole, parce qu'elle n'a pas un discours sensationnaliste. Est-ce qu'on peut ouvrir un JT avec quelqu'un qui dit "j'adore la multiculturalité", "j'aime la France de toutes les couleurs" ? Ce n'est pas impressionnant. Quelqu'un qui va vous dire "je hais telles personnes", "c'est eux, le problème", ça c'est impressionnant, c'est un discours radical. Le problème est que le discours universel, qui rassemble, n'est pas sensationnaliste. Les médias ont le devoir de donner la parole à ces gens-là, et nous [les cinéastes, les artistes, NDLR], on a le devoir aussi d'en parler.

Nader Boussandel : La France n'est absolument pas raciste, il faut arrêter avec ça. Ce sont des phénomènes dont il faut parler le moins possible. Ça leur donne un écho alors qu'ils sont minoritaires. Il n'y a pas 80% de FN en France. On met des projecteurs sur quelque chose qui n'a pas lieu d'être. Le pays n'est pas raciste. Il ne faut pas rester dans l'ignorance, il ne faut pas être passif. Si on passe son temps à regarder BFM ou les chaînes d'infos, c'est du matraquage... Être au courant, c'est une chose, mais quand on lit le journal, vous faites votre lecture puis vous analysez. Quand ça passe à la télévision avec des images sensationnalistes, on nous fait l'interprétation de ce qu'on doit penser. On est aussi coupable, il faut qu'on se responsabilise et qu'on se "conscientise".

Présenté à travers la France et défendu avec passion par ses acteurs comme Jamel qui, invité parfait pour la promotion, multiplie les déclarations, La Marche devrait en toucher plus d'un. Seule ombre à ce beau tableau, la polémique liée à une des chansons de la bande-originale du film, attaquant violemment Charlie Hebdo.


"La Marche", en salles le 27 novembre

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