"Il y a une grande partie de moi qui est dans Mona, parce qu’il a écrit ce personnage pour moi, inspiré par moi et en pensant à moi. Et il m’a dirigée aussi amoureusement que Vincent…" Ces mots, Golshifteh Farahani les prononçait en mai 2015, à l’occasion de la promotion des Deux Amis. Un film très particulier pour la comédienne iranienne : son compagnon de l’époque, Louis Garrel, en signait la réalisation tout en lui donnant la réplique à l’écran, aux côtés de Vincent Macaigne.
"Libre, rêveuse, solaire et bien évidemment charmante", écrivions-nous alors à propos de l’actrice franco-iranienne, rencontrée cette année-là par Ôde dans le cadre du 68e Festival de Cannes. Lunettes de soleil sur le nez, dos à la mer, elle venait défendre ce premier long-métrage de Louis Garrel, dans lequel elle incarnait l’unique personnage féminin au cœur d’un triangle amoureux et amical qui faisait des vagues. Mais au moment de cette séance promotionnelle, on ne se doutait pas encore que les remous ne concernaient pas seulement le scénario…
L’histoire d’amour entre Louis Garrel et Golshifteh Farahani avait débuté quelques années plus tôt. Le fils du réalisateur Philippe Garrel, étoile montante du cinéma français et acteur fétiche de Christophe Honoré, sortait alors d’une idylle avec Valeria Bruni-Tedeschi. Ensemble, ils avaient même adopté au Sénégal une petite fille prénommée Oumy, qui vole depuis de ses propres ailes. Mais en 2012, après cinq années de vie commune, leurs chemins se séparent. La sœur de Carla Bruni et le ténébreux trentenaire tournent la page.
C’est alors que Louis Garrel croise la route de Golshifteh Farahani. Née le 10 juillet 1983 à Téhéran d’un père acteur et metteur en scène et d’une mère peintre et comédienne, celle dont le prénom signifie "fleur éprise d’amour" en persan baigne très tôt dans le milieu artistique. Dans un Iran devenu République islamique après la révolution de 1979, son père compte parmi les opposants au régime. Elle s’initie à la musique et au théâtre avant de tourner son premier film à seulement 14 ans.
Mais très tôt déjà, sa liberté dérange. Adolescente, elle est victime d’une attaque à l’acide de la part d’un homme qui la juge insuffisamment couverte. "C’est triste à dire, mais c’était quelque chose de banal", expliquait-elle au Monde en 2018. "Les policiers ont dit à mon père : 'Monsieur Farahani, ce n’est pas la peine de porter plainte, on ne retrouvera jamais le coupable.'" La comédienne racontait alors que cet épisode l’avait conduite à "renoncer à sa féminité".
Pour avoir la paix et passer inaperçue, elle se rase la tête, dissimule sa poitrine sous des bandes de tissu et file à vélo en se faisant passer pour un garçon. "Je voulais être libre, ça marchait très bien !"
L’année 2008 marque cependant une rupture dans sa vie. La comédienne, dont les films commencent déjà à s’exporter à l’étranger, décroche le premier rôle féminin de Mensonges d’État, de Ridley Scott, aux côtés de Leonardo DiCaprio. Mais Golshifteh Farahani a l’outrecuidance, aux yeux du régime iranien, d’en assurer la promotion sans voile. Son passeport est confisqué et elle se voit interdire de quitter le pays. Après plusieurs mois d’interrogatoires, elle finit par prendre la fuite.
"On dit que je ne peux pas retourner en Iran parce que j’ai enlevé mon voile le soir de la première de Mensonges d’État, de Ridley Scott. La vérité est ailleurs : comme je travaillais avec des Américains, le gouvernement iranien a pensé que j’étais une espionne. Mon sort était scellé et je ne pouvais plus rentrer. Retirer mon voile ou poser nue ont juste aggravé mon cas", expliquait-elle en 2024 à Madame Figaro, faisant notamment allusion à cette photo d’elle, seins nus, publiée sur son profil Facebook en 2012.
La jeune comédienne trouve alors refuge à Paris. Et y rencontre un homme. Où ? Dans quelles circonstances ? L’histoire ne le dit pas. Mais en 2012, elle apparaît au générique d’un court-métrage réalisé par Louis Garrel. Intitulé La Règle de trois, il raconte déjà les affres d’un trio amoureux dans lequel figure également Vincent Macaigne.
L’année suivante, dans le magazine Elle Man, Golshifteh Farahani déclare sa flamme à la France… et au jeune acteur. "Louis, c’est la France, Paris, un prénom de roi. Et puis, il est joli, cultivé et torturé, comme votre pays. Louis est quelqu’un de bien. De très bien."
Quelques mois plus tard, en octobre 2013, le couple s’affiche pour la première fois ensemble. Lors de la promotion, au Festival d’Abou Dhabi, de My Sweet Pepper Land, dont elle est l’une des vedettes, Golshifteh Farahani reçoit le soutien de son compagnon, Louis Garrel, qui pose à ses côtés.
Un an plus tard, en novembre 2014, débute à Paris le tournage des Deux Amis. On y retrouve les trois comédiens déjà réunis dans le court-métrage de Louis Garrel. Lauréat en 2013 de la Fondation Gan pour le Cinéma, le réalisateur expliquait alors : "Nous avons essayé d’écrire une comédie, une variation légère de la pièce de Musset, Les Caprices de Marianne. Je suis enthousiasmé par les possibilités romanesques et poétiques du trio amoureux. Il peut être si gai et exaltant. Nous avons cherché à plonger Abel, Vincent et Mona dans des situations tantôt extrêmes, tantôt triviales, décalées ou absurdes."
À sa sortie, le long-métrage est salué par une partie de la critique. Mais on ignore alors dans quelles circonstances éprouvantes il a été tourné. Lors de la promotion du film à Cannes, l’envoyé spécial d’Ôde avait déjà relevé un détail : "Pas une seule fois elle n’utilisera le mot 'compagnon' pour qualifier Louis Garrel…"
Peut-être parce que le tournage avait laissé des traces. "Je me suis remise en question tout le temps. J’avais l’impression d’être nulle, je me suis dit que je devais quitter le cinéma, que je n’étais peut-être pas faite pour ça", expliquera plus tard l’actrice dans les colonnes de Grazia.
Évoquant Louis Garrel, elle ira encore plus loin. Il "me poussait dans mes limites", confiera-t-elle à nos confrères. "J’avais déjà eu la sensation qu’un personnage pouvait m’abîmer. Mais durant ce tournage, pour la première fois, j’ai eu l’impression d’être une mauvaise actrice. Une fois le tournage terminé, j’étais complètement détruite."
Des mots très forts qui, s’ils ne révélaient rien des sentiments qui unissaient encore -ou non- les deux artistes au moment du tournage, montraient clairement combien cette expérience avait été difficile à vivre pour la comédienne.
Peu avant la sortie du film, en juillet 2015, Louis Garrel confirmait d’ailleurs à Marie Claire que leur histoire appartenait désormais au passé. "On est restés très amis", se contentait de répondre le beau brun. Et lorsque nos confrères lui demandaient de quand datait leur séparation, il éludait : "J’ai déjà oublié… je ne sais plus… Ma façon de botter en touche…"
Sans surprise, le 22 septembre 2015, c’est sans Golshifteh Farahani, mais avec le seul Vincent Macaigne, que Louis Garrel assistait à l’avant-première parisienne des Deux Amis. Louis Garrel a depuis été marié à Laetitia Casta avec laquelle il a eu un fils, prénommé Azel, en 2021. Quant à Golshifteh Farahani, le mystère reste entier !
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