6 août 2003. Un soleil de plomb alourdit le cortège sillonnant les ruelles du célèbre cimetière parisien du Père Lachaise, à Paris. Ce mercredi après-midi estival sera celui de l’enterrement de Marie Trintignant, décédée cinq jours auparavant, des suites d’une violente altercation avec son compagnon de l’époque, le chanteur Bertrand Cantat. Dans le cortège qui suit le corbillard, beaucoup de visages connues, têtes baissées, larmes aux yeux. Le public est également là pour dire un ultime adieu à la comédienne qui n’avait que 41 ans au moment de partir.
© BestImage, AGENCE / BESTIMAGE
Aux côtés de Nadine Trintignant, la maman de l’actrice : Jean-Louis Trintignant, son papa et Vincent, frère de l’actrice. Dans un silence de plomb, le Ministre de la Culture et de la Communication de l’époque – Jean-Jacques Aillagon – entame un éloge funèbre rendant hommage au clan Trintignant, "famille d’artistes". "Vous avez su être une femme libre, souligne le Ministre, rappelant les luttes que Marie Trintignant ne cessait de mener. Un combat pour tous les hommes avec un grand H, quelle que soit leur souffrance, et plus particulièrement pour les femmes : pour leur liberté, pour leur dignité et pour la défense de leur égalité. Votre drame souligne la force de ce combat."
Le souffle court, sanglotant, Nadine Trintignant est quasi incapable de prendre la parole. Elle le fera, brièvement, en déclarant :"Marie, ma petite chérie, on ne tient pas toutes ses promesses. Quand j'ai vu ton frère à l'hôpital sangloter comme il le faisait, j'ai compris que c'était grave, très grave" Jean-Louis Trintignant, lui, remerciera les nombreux témoignages d’affection qu’il a reçus depuis l’annonce de la mort de son enfant. Des écrits dont il tirera une des phrases qui l’a le plus ému : "Ne pleure pas celle que tu as perdue. Au contraire, réjouis-toi de l'avoir connue" De quoi déclencher une crise de larmes pour l’acteur, alors incapable de garder son sang-froid.
© BestImage, BERTRAND RINDOFF PETROFF / BESTIMAGE
La disparition de sa fille chérie, Jean-Louis Trintignant l’évoquera, bien des semaines après ce triste cortège au Père Lachaise, dans le documentaire Trintignant par Trintignant, diffusé sur ARTE. Un autoportrait dans lequel le monstre sacré du cinéma français ne pouvait pas éluder la disparition de son enfant."Souvent j'ai passé du temps avec Marie, quand on se quittait, je sentais qu'elle pensait que c'était peut-être la dernière fois qu'elle me voyait, se souvenait Jean-Louis Trintignant. En fait, la dernière fois qu'on s'est vus, on ne savait pas que c'était elle qui ne serait pas là la prochaine fois. Vous savez, à partir d'un certain âge, on est tous entourés de morts (…) La mort de Marie fut la plus grande souffrance de ma vie. Il était impossible d'imaginer un jour sans entendre sa voix, sans voir son sourire. Rien au monde n'aurait pu m'atteindre davantage.»
© BestImage, AGENCE / BESTIMAGE
En disparaissant si brutalement, Marie Trintignant ne laissait pas qu’un père, une mère et un frère. Maman de quatre enfants, de quatre papas différents, l’actrice avait pris comme premier rôle de sa propre vie celui de la cheffe de meute. Qu’importe les jours de gardes, elle voulait que son aîné Roman (eu avec Richard Kolinka), Paul (son second fils eu avec François Cluzet), Léon (né en 1996, avec pour papa Mathias Othnin-Girard) et enfin Jules (fils de Samuel Benchetrit) ne la quittent pas d’une semelle.
Toute cette smala (alors âgée entre 5 et 16 ans au moment du drame) gravitait autour de Marie Trintignant, ravie de jouer la cheffe d’orchestre familiale, avec des papas consentants. Une harmonie qui prendra fin en 2003, à l’hôpital de Vilnius. Sur Europe 1, François Cluzet déclarait : "Ce qui était terrible, c’est que les gamins étaient élevés tous ensemble et qu’il a fallu que les pères récupèrent chacun le leur. Cette fratrie qui a été découpée en morceaux a été un manque de repères terrible."
Aujourd’hui, les quatre fils de Marie Trintignant ont pris chacun leurs vies en mains. Roman Kolinka, l’aîné, est installé à Uzès (terre des Trintignant) où il tient un restaurant baptisé La Famille. Papa d’un petit Marlo, il lui arrive de jouer la comédie comme dans Toi non plus tu n’as rien vu de Béatrice Pollet, sorti en 2023. Paul Cluzet est aussi acteur (on l’a aperçu dans des téléfilms) mais sa vraie passion est l’écriture. Dans les colonnes de Gala, Nadine Trintignant déclarait au sujet de son petit-fils : "Paul écrit mais ne veut pas encore le montrer alors que mon éditeur veut le lire." Des textes qui pourraient être inspirés de ses voyages : "Paul, qui est poète, voyage beaucoup et pas bêtement. Il fait du stop, rencontre des gens", confiait, de son côté, Jean-Louis Trintignant à Nice-Matin en 2020. Comme Roman, Léon Othnin-Girard s’est lancé dans la restauration. Jules Benchetrit, enfin, est devenu acteur. On l’a récemment vu dans Au bout de mes doigts de Ludovic Bernard (ce qui lui a valu une nomination Révélation aux César 2019), Les Olympiades de Jacques Audiard ainsi que dans les séries Bardot et BRI. Autant de riches destinées qui se retrouveront, au minimum, par la pensée, en cette triste date anniversaire…
player2
player2